Vive la différence!

Vive la différence!
Un père présent auprès de son enfant apporte beaucoup. Il l’aide à devenir confiant, autonome, créatif et bien plus.

Un père présent auprès de son enfant apporte beaucoup. Il l’aide à devenir confiant, autonome, créatif et bien plus. Quand un papa s’engage, c’est toute la famille qui en profite!

Quand Stephen, papa de Cedrick, 3 ans, et de Carla, 2 mois, finit de travailler, il se dépêche d’aller chercher son fils à la garderie. « Je veux passer du temps avec mes enfants. J’aime jouer avec eux, les voir grandir, faire rire ma fille, apprendre à mon fils à trouver des solutions plutôt que de se fâcher. »

Comme Stephen, les pères s’engagent de plus en plus auprès de leurs enfants et c’est tant mieux. Les recherches démontrent d’ailleurs qu’en matière d’éducation, les deux parents se complètent et que cela est très bon pour le développement des tout-petits.

Même si ça semble cliché, il est vrai que les pères sont portés à faire plus de jeux physiques. Par exemple, lancer leur enfant dans les airs et le rattraper, le chatouiller, faire le cheval et jouer à la bataille. « Quand leur papa revient du travail, mes fils sont tout excités, raconte Roselynn, maman de Zachaël, 4 ans, et d’Éli-Noam, 2 ans. Ils sautent sur lui, ils veulent monter sur ses épaules et aller jouer dehors. Quand c’est moi qui arrive, ils sont contents, mais plus calmes. On se colle, on se raconte notre journée. »

Un style bien à lui

Avec papa, c’est différent ! Des parents témoignent.

Les hommes ont également tendance à encourager l’enfant à prendre des initiatives, à explorer et à expérimenter. Ce qui a aussi du bon. Quand leur tout-petit rencontre une difficulté, les papas attendent plus longtemps avant de lui venir en aide. Ce temps permet souvent à l’enfant de trouver une solution par lui-même. Les pères utilisent aussi plus souvent les jouets ou les objets d’une manière inhabituelle, par exemple ils peuvent utiliser le panier à linge comme un traîneau pour promener leur petit dans le salon. « Tout cela déstabilise l’enfant. Mais ça lui apprend aussi à bien réagir aux imprévus, à faire preuve de créativité, à devenir plus autonome et à se faire confiance », indique Christine Gervais, coordonnatrice de l’Initiative Amis des pères au sein des familles de la Chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles, à l’Université du Québec en Outaouais.

Il semble également que les pères poussent les enfants à améliorer leur langage. « Comme la mère passe en général plus de temps avec son bébé, elle décode mieux ses premiers mots, dit Christine Gervais. Elle demande moins à son enfant de répéter ce qu’il veut dire. Le père, lui, comprend souvent moins bien le parler bébé. » Il demande plus souvent à son enfant de répéter et il dit moins les mots à sa place. Cela oblige le tout-petit à faire plus d’efforts pour parler plus clairement.

Les pères qui ont le soutien de leur conjointe pour prendre soin de leur enfant se sentent plus confiants et compétents.

Les différences de comportement entre les parents encouragent les apprentissages des enfants et améliorent leur capacité d’adaptation, explique Raymond Villeneuve, directeur du Regroupement pour la valorisation de la paternité. Elles favorisent aussi le plein développement de leurs habiletés intellectuelles et sociales. Cela les aide, par exemple, à être mieux préparés pour l’école. Les enfants avec deux parents engagés ont tendance à être plus habiles pour résoudre des problèmes, à aimer davantage l’école et à y obtenir de meilleurs résultats. Ils ont aussi plus de facilité à se faire des amis.

Quand il n’y a pas de père...
Le développement d’un enfant est-il compromis en l’absence d’un père? Pas toujours. Il est vrai que les enfants dont le père est absent sont plus nombreux à avoir des problèmes de comportement en général. Mais d’autres facteurs peuvent être en cause, comme la pauvreté ou l’absence d’un réseau de soutien.

Lorsqu’un enfant n’a pas de papa dans sa vie, il est souhaitable qu’il ait des contacts avec des hommes de confiance, comme un grand-père, un oncle ou un ami de la famille. Dans le cas d’un enfant élevé par deux femmes, l’absence du père peut être comblée par la présence des deux parents. Quelle que soit la situation il est bon que l’enfant ait des modèles masculins qui lui serviront de guides et avec qui il développera une belle complicité, dit la psychologue Caroline Paquet.

Les bienfaits de l’engagement paternel se poursuivent aussi plus tard. Ainsi, les enfants qui peuvent compter sur leur père à l’adolescence ont moins de risque de décrocher de l’école, de présenter des problèmes de comportement ou de souffrir d’anxiété et de dépression. En général, ils seraient plus heureux et réussiraient mieux dans la vie.

À deux, c’est mieux!

Bien sûr, la participation de l’homme dans l’éducation d’un enfant dépend d’abord de lui. Mais aussi de la mère! « Le père prend plus de responsabilités auprès des enfants et se sent plus compétent quand la mère l’appuie, dit Diane Dubeau, spécialiste de la paternité et du développement de l’enfant à l’Université du Québec en Outaouais. L’homme accorde aussi plus d’importance à son rôle de père et en est plus heureux. »

Certaines femmes trouvent toutefois difficile de faire une place aux pères. D’autres ont tendance à leur dire toujours quoi faire et comment le faire. « Cette attitude envoie le message aux hommes qu’ils ne sont pas bons et amène certains pères à se retirer », observe Raymond Villeneuve. Or, tant que le tout-petit est en sécurité, il y a plusieurs façons de s’en occuper. Il est donc important que la mère laisse le père faire les choses à sa manière et qu’elle se rappelle que les différences sont bonnes pour le développement de son enfant.

D’autant qu’un papa engagé, c’est aidant aussi pour la femme! Les recherches démontrent en effet qu’une mère qui a du soutien du père vit moins de stress et est moins sujette à la dépression. Elle est aussi plus satisfaite de sa relation de couple et de son rôle de mère. Cela n’a rien d’étonnant, selon Diane D’autant qu’un papa engagé, c’est aidant aussi pour la femme! Les recherches démontrent en effet qu’une mère qui a du soutien du père vit moins de stress et est moins sujette à la dépression. Elle est aussi plus satisfaite de sa relation de couple et de son rôle de mère. Cela n’a rien d’étonnant, selon Diane Dubeau. « On n’est pas trop de deux pour s’occuper d’un enfant! Les tâches et les défis sont moins lourds à porter lorsqu’ils sont partagés. » C’est également pour cette raison qu’on observe moins de mauvais traitements, de négligence et de pauvreté chez les enfants qui ont deux parents dans leur vie. « Avec deux personnes engagées, tout vient en double : le temps, l’argent, la patience, les grands-parents, tout! », conclut Christine Gervais.
Jamais trop tard?
Un père absent dans les premières années de vie de son enfant peut-il se rattraper plus tard? Et s’il était là au début, mais qu’il a perdu le contact par la suite? « Il n’est jamais trop tard pour améliorer les choses, mais ce ne sera pas nécessairement facile, dit Diane Dubeau, qui a mené des études auprès de pères en prison. Une relation peut se rebâtir, mais le passé ne s’efface pas complètement. »
Il faut faire preuve de patience et y aller doucement pour reprendre contact. Comme l’enfant s’est senti abandonné, il arrive qu’il résiste aux tentatives de rapprochement. Il peut « tester » son parent, se montrer difficile et désagréable. « Il ne faut rien forcer, respecter le rythme de l’enfant et être très fiable afin de ne pas le décevoir de nouveau », conseille Raymond Villeneuve. Il faut aussi avoir des attentes réalistes. Plus l’absence du père a été longue, plus il est possible que la relation ne soit jamais tout à fait celle d’un père avec son enfant. C’est encore plus vrai s’il y a une autre figure paternelle dans la vie de l’enfant, comme le nouveau conjoint de sa mère.

 

Naitre et grandir.com

Source : Magazine Naître et grandir, septembre 2015
Recherche et rédaction : Nathalie Vallerand
Révision scientifique : Daniel Paquette, professeur titulaire à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal

Crédit photo : Maxim Morin