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Famille à la Une

Blogue de Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.

février 2012 - Billets

Famille à la Une
  • 11 commentaire(s)
    3 231 aperçus

    Élever bébé à l'américaine ou à la française?

    Son livre a créé un véritable « buzz » médiatique chez tous les intéressés du « parenting » (parentage ou éducation des enfants), et en lisant le titre, vous comprendrez pourquoi. 

    Bringing up Bébé : One American mother discovers the wisdom of French Parenting. Traduction libre : Élever Bébé : Une mère américaine découvre le royaume du parentage français

    Élever un bébé à la française, est-ce si différent qu'à l'américaine? Oui, nous dit Pamela Duckerman, qui offre un petit résumé de son livre dans le Wall Street Journal

    Ici, pas question de tapes et de fessées, comme on caricature trop souvent les parents français. Dans ce livre, et tous les commentaires qu’il déchaîne, on dirait plutôt que le style old-fashioned français pourrait bien être un exemple à suivre pour les parents américains.  

    L’idée de ce bouquin lui est venue il y a 6 ans, en France, où elle vit toujours. Sa fille avait alors 18 mois et, en famille, ils sont partis en vacances. Or à chaque moment passé au restaurant, un constat revenait : tandis que sa propre table ressemblait à un champ de bataille, les petits Français se tenaient bien, heureux, mangeant même leurs légumes et leur poisson, relève-t-elle avec humour.  

    À partir de là, elle a ouvert l’oeil sur les autres différences. Au parc, en famille, dans le salon. Oui, il y a vraiment de subtiles différences, bien au-delà de l’heure du repas. Tout cela déboucherait même sur une atmosphère de vie de famille totalement différente.

    « Quand des amis américains nous rendent visite, les parents passent la plupart de leur visite à régler les querelles de leurs enfants, aidant leur trottineur à faire le tour de l’îlot central, se mettant à terre à construire des villages de Lego... Quand les Français nous rendent visite, les adultes prennent un café et les enfants jouent joyeusement ensemble. » 

    Les Français, résume-t-elle, réussissent à s’investir après de leurs enfants sans devenir obsessifs. Et même si le parent moyen français a globalement les mêmes valeurs que le parent américain moyen – il s’applique à communiquer avec ses enfants, à lui faire découvrir la nature, à lui lire des livres, à l'emmener au musée – il assume cependant qu’il peut être un très bon parent sans être constamment au service de son enfant, sans culpabilité. 

    Avec beaucoup d’humour, mais de réalisme, voici certains points anecdotiques qu’elle relève :

    • En France, on peut encore avoir une vie d’adulte, même si on est parent! La soirée, en particulier, c’est le temps des parents. Si les enfants veulent y assister, ils s’occupent par eux-mêmes. 
    • Les enfants savent jouer par eux-mêmes. Que ce soit à la maison, au parc, chez les amis. Non pas parce que leurs parents ne jouent jamais avec eux, mais parce qu’ils acceptent très bien les limites de ceux-ci. En conséquence, les enfants ont aussi plus de libertés, et c’est une bonne chose. 
    • Le salon, ce n’est pas une salle de jeu. Les chambres des enfants, par contre, sont leur zone de liberté totale.
    • Le petit Français ne grignote pas toute la journée. Il a trois repas et une seule collation, à 16 h (le goûter). Pour le reste? Il attend. La patience, une valeur trop souvent oubliée ici, qu’il s’agisse de repas ou de jeux. 
    • Au repas, on n’est jamais obligé de tout manger. Par contre, on demande aux enfants de goûter à tout. Du coup, les petits Français mangent de tout. Même des crustacés, du fromage qui sent mauvais ou des choux de Bruxelles. 
    • Un « non », c’est un Non. Elle écrit : « L’autorité est l’un des éléments les plus impressionnants de l’éducation à la française, et sans doute l’un des plus difficiles à maîtriser », relevant que ses amis français ont une autorité « calme et facile » qu’on ne peut qu’envier. 

    Du coup, celle qui est aujourd’hui maman d'une fille de 6 ans et de jumeaux de 3 ans, l’affirme: « Les Français sont loin d’être parfaits, mais ils ont des secrets qui fonctionnent et nous reflètent un problème actuel en Amérique du Nord. Celui de l’overparenting, de l'hyperparenting, des parents-hélicoptères, ou encore, de la kindergarchy (domination des enfants) », écrit-elle. 

    Une généralisation? Sûrement. Mais comme dans beaucoup de généralisation, il y a sûrement du vrai.

    L'expérience française et québécoise

    Moi qui vais régulièrement voir de la famille en France, je sais que c'est (presque) le seul endroit où je peux prendre un long apéritif avec des parents pendant que les enfants jouent plus loin. Pourquoi? Parce qu'on leur a gentiment ordonné d'aller jouer plus loin. Même chose à l'heure du souper. Ils veulent souper avec nous? Oui, s'ils se tiennent bien, puis s'ils demandent l'autorisation de quitter la table pour aller jouer, entre le fromage et le dessert. Il est 22 h et ils n'ont que 4 ans? Ce n'est pas grave si un samedi soir, ils se couchent plus tard. Pour résumer, je ressens là-bas un mélange d'autorité et de laxisme contrôlé. C'est un art de vivre à la française. Cela n'a rien de scientifique, mais n'importe quel Québécois peut le ressentir.

    Ici, dans la même situation? On aurait probablement couché les enfants avant et lu leur histoire ou on aurait devancé notre souper d'adultes à 18 h pour qu'ils soupent avec nous, sans pouvoir aligner trois phrases. Bien sûr, je caricature, mais n'y a-t-il pas une part de vrai?

    Au final, s’il y a un French style (plus old-fashioned) et un American style (l’hyper-parent), croyez-vous que nous, les parents québécois, sommes un mélange des deux? 

    En vous priant de résister à des attaques chauvines, j'attends vos commentaires avec hâte!

    Publié par
    Marie Charbonniaud
     
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    1 839 aperçus

    Nos enfants ne sont pas à vendre

    Il n’est pas facile, dans l’univers ultramédiatisé dans lequel nous vivons, de savoir ce que l’on doit vraiment craindre pour nos enfants et ce qu’il ne faut pas craindre. Pourquoi? Parce que les grandes sociétés et les industries éveillent et apaisent les craintes au gré de leurs propres intérêts. Il s'ensuit que nous, parents, sommes systématiquement désinformés et que nos peurs finissent par servir leurs intérêts. 

    C’est la thèse toute simple, mais fracassante du dernier livre de Joel Bakan, Mon enfant n'est pas à vendre. C'est celui-là même qui dénonçait il y a quelques années les comportements prédateurs des multinationales dans le documentaire La corporation (et le best-seller du même nom). 

    J’ai dévoré ce livre, moi qui aie pourtant la lâche habitude de fuir tout ce qui me bouleverse : articles ou émissions sur les enfants malades ou la famine, histoires de pédophilie ou de crimes, etc. Je zappe ou je tourne la page automatiquement. Là, non.

    Même si ce que j’y ai lu m’a ébranlée, je me suis fait un devoir d’aller jusqu’au bout parce que j'ai senti que nous avions tous une responsabilité et une possibilité de changer les choses, pour mieux protéger nos enfants. 

    Vous allez me dire : nos multiples inquiétudes ne suffisent-elles pas? Ne surprotège-t-on pas déjà assez nos enfants? En fait, si, mais pas forcément pour les bonnes raisons, nous explique Joel Bakan.  

    « Surprotéger et sous-protéger sont tous deux le fruit des tactiques déployées par les entreprises et les industries pour orienter l’information, en fonction de leurs profits et de leurs intérêts. Il y a surprotection quand on attise les peurs des parents. On brandit le spectre des maladies mentales (pour justifier l’emploi de psychotropes chez de jeunes enfants); on s’effraie des microbes et des risques de contamination (pour justifier l’emploi de pesticides, d’agents de conservation et d’antibactériens) », résume Joel Bakan.

    « Il y a sous-protection, poursuit-il, quand on minimise les peurs des parents à propos des effets secondaires de psychotropes et des effets morbides des toxines chimiques de ces mêmes pesticides, agents de conservations et antibactériens. »

    Tout au long du livre, on apprend ainsi comment l’industrie pharmaceutique s’est emparée de la psychiatrie infantile et de son manuel de référence (le DSM), en arrosant généreusement les psychiatres, médecins et chercheurs depuis des années. Comment l’industrie de la cannette métallique, par exemple, a mené sa contre-attaque afin de laisser le bisphénol A (BPA) sur le marché tandis que des études prouvent sa nocivité sur le fonctionnement hormonal. (C'était lors d'une réunion secrète en 2009, réunissant de grandes entreprises - Coca-Cola, Del Monte et Alcoa - et des groupes de pression, soit l'American Chemistry Council et la Grocery Manufacturers Association. Je vous invite à aller lire ce qui s'y est dit!). 

    Comment, encore, l’industrie du jeu électronique procède pour rendre nos enfants complètement accrocs à certains jeux vidéo, à l’aide de psychologues aguerris (vous savez, ces jeux, par exemple, où l'enfant doit s'occuper quotidiennement d'un animal virtuel sans quoi il se sent responsable de sa mort?). 

    Le travail des enfants

    J’y ai appris, encore, que le travail des enfants n’était pas réservé qu'aux pays pauvres.

    Il n’y a qu’à aller en Colombie-Britannique (seule province permettant aux enfants de travailler dès 12 ans, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit en dehors des périodes de classe) ou encore aux États-Unis pour trouver des centaines de milliers d'enfants au travail, notamment dans les champs, les vergers ou les hangars d’emballage.  

    D'ailleurs, à ce sujet, la chaîne américaine ABC a récemment dévoilé que des enfants d’à peine 5 ans cueillaient des bleuets aux États-Unis pour le compte d’Adkins Blue Ribbon Packin Company. Ces bleuets étaient distribués pas plus loin que dans le Walmart près de chez nous. Malgré les cris d'indignation de Walmart à la suite de cette révélation, elle est la société qui a commis le plus d'infractions à l'égard de l'âge des travailleurs, en Amérique du Nord. Elle a accumulé 1 371 infractions en 2004. 

    Des vérités comme celle-là, ce livre nous en envoie plein la figure. Je vous suggère chaudement d’en prendre connaissance.

    Mon enfant n’est pas à vendre, J. Bakan, Éditions Transcontinental, 2012

    Publié par
    Marie Charbonniaud
     
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    Hommage au pouce!

    Je suis disponible et accessible en tout temps, même dans le ventre de maman, et les bébés m'adorent. Qui suis-je? Eh oui, le petit pouce, ce mal-aimé des parents à qui j'aimerais rendre un hommage bien mérité.

    Des chercheurs ont découvert que les bébés prématurés qui suçaient leur pouce faisaient un séjour moins long à l’hôpital. Non seulement sucer leur pouce leur permet de se détendre et de dépenser moins d’énergie à pleurer, mais cela régule leur rythme cardiaque et leur respiration après une colère, en plus de stimuler les muscles qui participent à la déglutition, leur permettant ainsi de digérer plus efficacement. 

    D’autres études ont comparé les enfants « suceurs » (de pouce, de doigts ou de suces) aux enfants « non suceurs ». Chaque fois, les premiers atteignent une indépendance émotionnelle plus tôt que les seconds. 

    Dans l’une des études, ils ont placé les bébés et leur mère au bout d’un long couloir, puis à l’autre bout, des jouets très attrayants. Résultats? Les « suceurs » se sont aventurés plus loin que les autres et ont joué avec les jeux plus longtemps, même si tous ont exprimé les mêmes réactions positives au moment de retourner vers leur mère. 

    On l’explique simplement par une plus grande confiance dans leur capacité de jouer seul loin de leur mère, puisqu’ils savent que leur petit pouce (ou leur suce), s’ils sont moindrement stressés, les aidera à passer par dessus ce moment. 

    Quiconque a vu son nourrisson s’apaiser avec son pouce sait toutes ces choses, sans lire d’études. Je l’ai bien compris et je n’ai jamais empêché cet élan naturel. Dans les maternités, les aides natales aident même les nourrissons à trouver leur poing, c'est dire comme on ne refait pas le monde.

    Le pouce, mauvais pour les dents?  

    Voilà aussi pourquoi la majorité des spécialistes, incluant les dentistes, ne sont pas pour les interdictions radicales. Cette psychologue de Havard raconte même dans son blogue – dont je tire ces études – que son propre dentiste lui avait dit, à propos de son enfant : « Lui faire la guerre au pouce lui fera plus de mal que de bien ». 

    Mon dentiste m’avait dit peu ou prou la même chose, à propos de ma fille. « Tant qu’elle n’a pas ses dents d’adulte, rien ne presse. Dès qu’elle commencera à perdre ses dents, il faut l’aider à cesser cette habitude. » 

    Cela m’avait permis d’avoir une date butoir en tête, de relaxer un peu et de lui ficher la paix, tout en réfléchissant à mes petites stratégies pour ce deuil à venir. 

    Et vous savez quoi? Au final, elle a été au-devant de mes espérances! Après lui avoir expliqué une bonne fois pour toutes le risque de déformation pour ses dents, j’ai profité de son attrait du vernis pour lui proposer de se badigeonner le pouce avec du vernis amer. Elle a accepté. En une semaine, c’était réglé.    

    Cela m’amène au point suivant : finalement, tout réside dans la motivation de l’enfant. C’est sur son raisonnement qu’il faut miser, dès 4 ans, même s’il n’a pas encore l’âge de raison. Neuf fois sur dix, il aura cessé avant que ses dents en pâtissent. 

    Avant cet âge-là, si vous acceptez mon humble avis, ne vous cassez pas la tête. Pensez avec gratitude au bonheur qu’il apporte à votre enfant, ce divin pouce. À toutes les belles nuits et aux moments à la garderie que votre bébé traverse grâce à lui. Pensez même à tous les enfants du monde qui l’adoptent, comme votre bébé peut-être, même avant de sortir du ventre.

    Y a-t-il encore des suceurs de pouce par ici?

    Publié par
    Marie Charbonniaud
     
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