- Chéri, c’est toi qui gères les petits, demain matin?
- On verra. Ce matin, j’ai un peu perdu le contrôle avec leurs céréales qui volaient partout!
- Au fait, la petite Mathilde, elle performe à l’école?
- Ses parents investissent beaucoup dans ses leçons de musique, en tout cas.
Cette discussion (inventée) semble parfaitement banale. Effectivement! Mais cela prouve surtout que notre vie familiale, somme toute, n’est pas très différente de celle d’une entreprise.
Quelle tristesse, ne trouvez-vous pas?
Il y a quelques jours, j’ai soudainement réagi quand mon mari a fait référence (pour la millième fois sans doute) à la « gestion » des enfants. Pourtant, Dieu sait qu’il est humain et amoureux de ses enfants, celui-là! Mais je n’ai pas pu m’empêcher de lui faire remarquer : « Chéri, nos enfants ne sont pas une compagnie de chaussettes! » Moi-même, souvent, je me laisse aller à ce « champ lexical », et j’essaie de me reprendre. J’ai trop honte.
Alors, vous comprendrez pourquoi j’ai été drôlement intéressée en lisant cet article. Une étudiante de l’Université de Montréal en a fait son sujet de maîtrise : comment le langage du monde du travail contamine le discours des parents. Elle démontre combien utilisent fréquemment les termes « performance », « rentabilisation », « objectifs » et « gestion » quand ils parlent d'éducation.
Ce phénomène proviendrait d'une obligation de performance qui touche toutes les sphères de la société. « Avant, il suffisait d'avoir un enfant pour être jugé comme un parent compétent, tandis qu'aujourd'hui ce n'est plus le cas », dit Valérie Besner. Aujourd’hui, on est jugés à l’aune du développement de nos enfants.
- Notre petit est hyperactif? Probablement que cela exprime un excès de tensions, un horaire hyperchargé ou un manque d’exercice physique…
- Notre fille a de la difficulté à lire? On ne lui a pas assez lu d’histoires.
- Notre fils ne sait pas dessiner? Il faut lui mettre plus de crayons dans les mains, et dire à son CPE qu'ils fassent autre chose que des gribouillages!
J’exagère, mais cette étudiante a raison : la pression est partout. Or les parents, plutôt que de la balayer du revers de la main, la portent comme un sac de pierres sur leurs épaules.
Ce n’est pas aujourd’hui, bien sûr, que l’on règlera ce problème de société, tout comme celui des horaires surchargés. Mais au moins, est-on d’accord sur ceci : pourrait-on retirer de notre vocabulaire toute allusion à la performance entrepreneuriale, en parlant de nos amours?
En faisant juste un petit tour sur Internet, à l’aide des deux mots clés « gestion » et « enfants », j’en ai la chair de poule. Comment gérer les colères de bébé, gérer le stress chez l’enfant, comment gérer trois jeunes enfants, etc. Dans les forums, il y a même des parents qui se demandent comment gérer « l’oedipe de leur fils », la jalousie entre leurs enfants, ou même.. comment gérer la première dent de bébé!
Est-ce que cela vous arrive, à vous aussi, ces petits dérapages verbaux? (Rions-en!)