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Famille à la Une

Blogue de Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.

juin 2011 - Billets

Famille à la Une
  • 13 commentaire(s)
    1 577 aperçus

    Du lait maternel… produit par une vache!

    La barrière entre la femme et la vache s'est incontestablement resserrée, au grand désespoir des féministes!

    Trêve de plaisanterie. Je vous explique de quoi il s’agit. 

    Le 10 juin, on apprenait, de la part d’un laboratoire argentin, la naissance de la première vache clonée au monde comportant deux gènes humains. Elle s’appelle Rosita. Les chercheurs espèrent que la vache clonée, une fois adulte, produira « du lait similaire à celui des êtres humains », indique l’Institut national de technologie agricole (INTA). 

    L’objectif? Améliorer la valeur nutritionnelle du lait de vache en ajoutant deux gènes humains, la protéine lactoferine et le lysozyme, afin de mieux protéger les nourrissons contre certaines maladies et favoriser leur développement.

    Le lysozyme est une enzyme très peu présente dans le lait de vache, mais on la retrouve dans le lait maternel de façon très concentrée au cours de la première semaine de lactation. 

    La lactoferrine, elle, existe chez tous les mammifères et permet d’assimiler le fer pour fabriquer des globules rouges. Mais elle est spécifique à chaque espèce, donc la lactoferine bovine n’agit pas sur les humains. Cette protéine favorise également la poussée dentaire et le développement de cellules intestinales, antibactériennes, antivirales et antifongiques.

    Ces protéines font la grande force du lait maternel, parmi de nombreuses autres (non clonées heureusement). Mais pour combien de temps encore?

    Dans 10 mois, date à laquelle les chercheurs vont provoquer une grossesse chez cette pauvre vache, ils vont pouvoir confirmer si les deux protéines sont bien présentes dans le lait de Rosita. Puis théoriquement, à l'âge adulte, Rosita pourra « avoir des enfants qui auront des gènes modifiés dans 25 % à 30 % des cas », espèrent-ils. 

    Rosita n’était déjà pas un veau comme les autres à la naissance. Elle est née le 6 avril par césarienne, en raison de son poids excessif : 45 kilos, tandis que les vaches Jersey ne dépassent pas habituellement les 22 kilos à la naissance. 

    Des chercheurs chinois, paraît-il, auraient déjà mis au point un procédé similaire, mais en clonant deux vaches portant chacune l’un des deux gènes. L’équipe argentine, elle, a réussi à implanter les deux dans une même vache. 

    Quelle tristesse. Et je vois que parmi les forums, les commentaires ne sont pas particulièrement plus optimistes, même si certains sont drôles. 

    « Ça va nous retomber sur le pif, un de ces jours, et là, gare aux conséquences. On n'a encore rien vu. Ça va faire mal. »

    « Certes, un enfant par pis de vache, c'est vrai que ça va plus vite. Une vache offerte aux familles nombreuses, avec la maison, et le terrain qui vont avec, pourquoi pas en fait? Tant qu'à faire, s'il y avait une version yogourts et crèmes glacées, ce serait parfait! »

    « Pendant ce temps-là, le sida tue encore, la mucoviscidose aussi... Ils fument quoi ces chercheurs? »

    « Ce genre d'ignobles progrès, un clone bovin de 45 kg pour un poids naturel de 22 kg, mérite une réponse sans appel : démantèlement du laboratoire et interdiction de pratique de la recherche pendant 10 ans de tous les responsables. Science sans conscience est bien la mort de l'âme. »

    « À quand des vaches porteuses? Ce serait bien plus pratique que les gestations pour autrui, et limiterait les risques liés aux grossesses tardives. La durée de la gestation de la vache convient parfaitement, le vêlage ne poserait aucun des risques associés à la pratique de la césarienne ou à l’utilisation du forceps. Pas besoin non plus de nourrice ou de congé maternité, vu que la dame modifiée pourrait nourrir des dizaines de petits. Brave new world! »

    « Avant, ce genre de nouvelles aurait fait la une pendant plusieurs jours. On est vraiment entré dans l'air du banal. En tout cas, il faudrait vraiment m'expliquer en quoi ça va apporter un plus d'allaiter nos gosses directement au pis de la vache... C'est du progrès ça? »

    « J'avais envie de rire, mais quand j'ai pensé au projet économique qui se cache derrière tout cela, je me suis trouvé statufié d'horreur... » 

    En ce qui me concerne, je partage fortement les doutes sur ce « progrès ». Et vous?

    Publié par
    Marie Charbonniaud
     
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    Gère-t-on nos enfants comme des entreprises?

     - Chéri, c’est toi qui gères les petits, demain matin?  

    - On verra. Ce matin, j’ai un peu perdu le contrôle avec leurs céréales qui volaient partout! 

    - Au fait, la petite Mathilde, elle performe à l’école?

    - Ses parents investissent beaucoup dans ses leçons de musique, en tout cas. 

    Cette discussion (inventée) semble parfaitement banale. Effectivement! Mais cela prouve surtout que notre vie familiale, somme toute, n’est pas très différente de celle d’une entreprise. 

    Quelle tristesse, ne trouvez-vous pas?

    Il y a quelques jours, j’ai soudainement réagi quand mon mari a fait référence (pour la millième fois sans doute) à la « gestion » des enfants. Pourtant, Dieu sait qu’il est humain et amoureux de ses enfants, celui-là! Mais je n’ai pas pu m’empêcher de lui faire remarquer : « Chéri, nos enfants ne sont pas une compagnie de chaussettes! » Moi-même, souvent, je me laisse aller à ce « champ lexical », et j’essaie de me reprendre. J’ai trop honte. 

    Alors, vous comprendrez pourquoi j’ai été drôlement intéressée en lisant cet article. Une étudiante de l’Université de Montréal en a fait son sujet de maîtrise : comment le langage du monde du travail contamine le discours des parents. Elle démontre combien utilisent fréquemment les termes « performance », « rentabilisation », « objectifs » et « gestion » quand ils parlent d'éducation.

    Ce phénomène proviendrait d'une obligation de performance qui touche toutes les sphères de la société. « Avant, il suffisait d'avoir un enfant pour être jugé comme un parent compétent, tandis qu'aujourd'hui ce n'est plus le cas », dit Valérie Besner. Aujourd’hui, on est jugés à l’aune du développement de nos enfants. 

    - Notre petit est hyperactif? Probablement que cela exprime un excès de tensions, un horaire hyperchargé ou un manque d’exercice physique…

    - Notre fille a de la difficulté à lire? On ne lui a pas assez lu d’histoires. 

    - Notre fils ne sait pas dessiner? Il faut lui mettre plus de crayons dans les mains, et dire à son CPE qu'ils fassent autre chose que des gribouillages!

    J’exagère, mais cette étudiante a raison : la pression est partout. Or les parents, plutôt que de la balayer du revers de la main, la portent comme un sac de pierres sur leurs épaules. 

    Ce n’est pas aujourd’hui, bien sûr, que l’on règlera ce problème de société, tout comme celui des horaires surchargés. Mais au moins, est-on d’accord sur ceci : pourrait-on retirer de notre vocabulaire toute allusion à la performance entrepreneuriale, en parlant de nos amours?

    En faisant juste un petit tour sur Internet, à l’aide des deux mots clés « gestion » et « enfants », j’en ai la chair de poule. Comment gérer les colères de bébé, gérer le stress chez l’enfant, comment gérer trois jeunes enfants, etc. Dans les forums, il y a même des parents qui se demandent comment gérer « l’oedipe de leur fils », la jalousie entre leurs enfants, ou même.. comment gérer la première dent de bébé!

    Est-ce que cela vous arrive, à vous aussi, ces petits dérapages verbaux? (Rions-en!)

    Publié par
    Marie Charbonniaud
     
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    1 876 aperçus

    Votre employeur: pro-famille ou non?

    Vous imaginez-vous, à un entretien d'embauche, lancer à l'employeur : êtes-vous certifié conciliation travail-famille ou non? Si c'est non, je passe mon tour!

    C’est en tout cas ce qui pourrait arriver, un beau jour, puisque la nouvelle ministre de la Famille a annoncé une nouvelle norme de conciliation travail-famille, à l’image des normes ISO en environnement. 

    « La norme est un sceau d'excellence qui signifie : ici, on favorise l'équilibre entre le travail et la famille », a résumé la ministre. Cette norme, qui peut concerner tout type d’organisations (privées comme publiques, petites ou grandes), vise à reconnaitre ou encourager certaines mesures telles qu’un service de garde en milieu de travail, des congés pour raisons familiales, une semaine de travail comprimée et des horaires flexibles. Quatre niveaux de certification peuvent être atteints. Plus une entreprise répondra aux exigences, plus elle atteindra un niveau élevé.

    Faut-il y croire?

    Qu’on se le dise : cette petite médaille ne suffira pas à changer, seule, les cultures d’entreprises. 

    Déjà, en 2009, le Ministère avait mis en place des subventions pour motiver les entreprises à de tels efforts. Mais faute d’accompagnement et d’explications, la mesure n’avait pas décollé. « Il y a eu quelques demandes de la part d’associations et de chambres de commerce, mais presque pas de la part des PME, qui étaient la clientèle cible de ces subventions », m'a expliqué Marie-Claude Jauvin, consultante chez Consilia, une firme de Québec spécialisée dans la conciliation travail-famille. 

    En fait, la plupart des entreprises n’étaient même pas au courant de l’existence de cette subvention (qui va quand même jusqu'à 10 000 $ par projet annuel). « À l’Université Laval, on a fait un projet de recherche pour le compte du Ministère, afin de comprendre ce manque d’intérêt. On a réalisé que parmi les entreprises rencontrées, aucune ne connaissait ces subventions », précise-t-elle. 

    Cette nouvelle certification non plus n’est pas vraiment nouvelle. Le saviez-vous? Elle est disponible depuis le mois de septembre dernier, mais n’a été lancée qu’en... avril. La ministre en a, bien sûr, profité pour rappeler l’existence des subventions. 

    À présent, il faut compter sur tout un tas de facteurs pour que cela fonctionne. 

    La ministre ira se promener dans les régions pour faire connaître cette norme, mais cela ne suffira pas. « Cela ne portera fruit que s’il y a une phase de conscientisation et de vulgarisation, expliquant ce qu'est la conciliation, quels sont les coûts, mais surtout, les bénéfices pour l’entreprise. Sur le terrain, les entreprises ne le savent pas du tout », m'indique Marie-Claude Jauvin. 

    La culture de l’entreprise devra se moderniser aussi. « Si, dans mon entreprise, j’ai une culture organisationnelle qui va à l’encontre des valeurs pro-familles, peu importe le programme ou la certification que je vais mettre en place, cela va complètement anéantir mes efforts », ajoute la consultante. 

    Dernier point à faire comprendre à celles-ci : la certification ne vise pas seulement à reconnaître les normes existantes, mais aussi à en encourager d’autres! 

    « Certaines entreprises vont se contenter de regarder ce qu’elles ont déjà fait, en se demandant quel niveau de certification elles peuvent aller chercher. Cela ne veut pas dire qu’elles mettront en place de nouvelles mesures. D’autres, on l’espère, vont l’utiliser pour en développer », ajoute la consultante. 

    Ce n’est donc pas la norme qui va changer les choses, mais tous les efforts qui seront mis autour par les différents acteurs!

    Depuis le lancement - croisons les doigts -, le cabinet de Marie-Claude a vu émerger de l’intérêt et des questionnements. « Cela a ramené le sujet sur la place publique et les gens s’interrogent sur ce qu’ils peuvent faire. On donne donc des conférences par rapport à la norme et on accompagne les clients qui veulent la mettre en place. »

    Quant à vous, cette petite médaille constituera-t-elle un critère de choix?

    Publié par
    Marie Charbonniaud
     
 
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