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Famille à la Une

Blogue de Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.

avril 2011 - Billets

Famille à la Une
  • 7 commentaire(s)
    3 021 aperçus

    Crises et oppositions: enfin, un livre génial!

    Quand les feuilles de notre plante verte préférée jaunissent et tombent, on n’imagine pas que la plante le fait exprès pour nous faire marcher. On essaie d’interpréter son attitude comme un message : trop ou pas assez d’eau, de lumière, d’engrais... Carence ou excès, on essaie de comprendre ce qu’il se passe. 

    Eh bien, Isabelle Filiozat, une brillante psychothérapeute et auteure, nous prouve que comprendre les crises de notre tout-petit, c’est (nettement) plus complexe, mais pas plus compliqué. Ses apparents caprices manifestent des besoins. Carence ou excès. Et son attitude, loin d’être une provocation, serait plutôt une conséquence, une réponse, une réaction, parfois complètement physiologique et naturelle. 

    C’est par cette analogie qu’elle commence son livre J’ai tout essayé! – Opposition, pleurs et crises de rage : traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans. Mais attention! Ce n’est pas un livre comme les autres, ce n'est pas un livre « de plus » sur la psychologie des petits. 

    Non seulement on y trouve des situations types et des pistes de solutions classées par âge, mais cela est enrichi de manière très originale : par des illustrations représentant les dialogues entre parents et enfants; des capsules scientifiques, pour mieux comprendre ce qui se produit dans la tête de notre enfant; mais aussi des « pensées », qui mettent en mot ce que notre enfant pense devant chacune de nos réactions. 

    J’ai eu la chance de communiquer avec l’auteure. Je vous livre le contenu de notre échange. 

    Diriez-vous que c'est le problème numéro 1 du quotidien des parents, ces crises de la petite enfance (en dehors, bien sûr, des problèmes beaucoup plus graves!)? 

    Oui, en ce sens que cela altère la relation avec nos enfants, mais aussi avec nous-même, avec notre image de mère ou de père. Penser  « je ne suis pas une bonne mère, je ne suis pas une bonne personne... » génère des sentiments d'impuissance, voire de désespoir. On ne pensait pas qu'avoir des enfants ce serait vivre ça! On attendait le bonheur et on se retrouve plongé parfois dans un cauchemar.

    Il y a déjà beaucoup de livres sur le sujet. En quoi avez-vous souhaité vous démarquer? Il me semble que les « capsules » scientifiques, les pensées d'enfant et les dessins explicatifs sont un concept nouveau dans ce genre de livre?

    Oui, effectivement. Il y a énormément de livres au sein desquels l'auteur donne son avis. J'ai voulu ne pas donner mon avis, mais donner des informations les plus scientifiques possible pour que le lecteur construise son propre avis. Nombre de journalistes tentent de m'obliger à me positionner : « Vous êtes pour ou contre l'autorité? Faut-il être autoritaire ou laisser faire? » Je me situe hors de cette dichotomie. Il ne s'agit plus ni d'être autoritaire ou laxiste devant les comportements de l'enfant, mais de considérer les causes de ce comportement pour y réagir de manière adéquate. J'ai tenté la voie de l'intelligence de la situation (intelligence : lire entre les lignes, comprendre au-delà) plutôt que la prise de position.

    Les dessins parlent directement et sont aussi pour moi une façon d'éviter aux parents de se culpabiliser. Nous sommes dans une culture de plus en plus visuelle et cette dimension me paraissait importante à explorer. Ils font paraître les situations plus familières, et les ressources et outils s'ancrent mieux en nous que les mots.

    Vous dites en dédicace que vous auriez aimé savoir tout ça pour être encore plus proche des besoins de vos enfants. Avez-vous le souvenir de crises où vous réagissiez excessivement, par exemple?

    Dans les bagarres entre mes deux enfants; ou quand ils voulaient absolument un bol spécial et qu'il n'était pas disponible; ou encore quand ils ne faisaient pas ce que je demandais...  Je regrette d'avoir mis du temps à comprendre qu'il fallait arrêter de donner des ordres. Je disais « fais ceci, fais cela »… Mais j'avais tout de même la chance d'être déjà psychothérapeute et de ne plus avoir peur des émotions. C'est ce qui m'a permis de réfléchir à leurs comportements et de ne pas me laisser envahir par les automatismes. Et puis, j'ai dû me tromper de nombreuses fois avant de ne plus parler en négatif et donner mes consignes en termes positifs. J'ai aussi beaucoup dit non, au lieu de stop! (NDLR. C’est une des suggestions qu’elle donne dans son livre : lorsque l’on dit stop plutôt que non, notamment à un bébé, on est moins porté à montrer des signes de colère.)

    J'ai adoré le message de la dernière bande dessinée, sur le parent qui dit continuellement « Vivement que... (il entre à la garderie; à l’école; à l’université…) », en n'ayant pas conscience que les petits bonheurs sont à saisir à chaque âge. Pourquoi est-ce si dur de le réaliser à temps?

    Parce que nous sommes prisonniers de notre propre histoire et, donc, plus souvent pris par des automatismes. Les enjeux de chaque instant nous paraissent énormes. Nous projetons sur la relation à nos enfants des enjeux inconscients de notre propre enfance (voir mon autre livre, Il n'y a pas de parent parfait). 

    Avez-vous un truc pour rester calme?

    Respirer! Quand je sens que je m'énerve, je fonce aux toilettes. On a toujours le droit d'aller aux toilettes et ça permet de réfléchir et de relativiser.
    Et, bien sûr, s'occuper de guérir sa propre histoire. Ça permet de diminuer notablement l'impact sur nous des crises et des comportements de nos enfants.

    Quand tout va mal, vous dites qu’il faut encore plus « remplir » le réservoir d'amour de notre enfant. Mais c'est probablement le moment où on en a le moins envie, puisque l'on attend que cela se passe bien pour exprimer notre amour...

    C'est que nous ne comprenons pas bien ce qu'est l'amour. Nous le considérons comme une récompense, tandis que c'est un carburant! On ne met pas d'essence dans sa voiture une fois arrivé parce qu'elle a bien roulé! Et si la voiture fait des cahots ou refuse d'avancer parce qu'elle n'a plus d'essence, inutile de la punir! 

    Le problème est que l'amour nous a été donné à nous enfant avec parcimonie... et de manière conditionnelle : « Je te donne de l'amour si tu es un gentil enfant ».  Alors, nous faisons pareil. Pourtant, le comportement déviant est souvent le résultat d'une carence. Donc en supprimant la carence, je fais tomber le comportement qui l'exprimait.

    Comment transformer ce cercle vicieux en cercle vertueux?

    Aider les parents à se sentir compétents en leur donnant des trucs qui fonctionnent bien (comme le stop, les choix, etc.) leur permettra de se sentir mieux avec eux-mêmes, de s'aimer plus, et vivant moins de stress avec leurs enfants, ils leur donneront aussi plus facilement de l'amour et de la tendresse. 

    C'est pour cela que j'ai tenté de faire ce livre le plus simple et direct possible, avec des trucs simples et faciles à utiliser, qui fonctionnent rapidement avec les enfants.

    Publié par
    Marie Charbonniaud
     
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    2 524 aperçus

    Une chambre d'enfant ressemble aussi à ça

    Vous arrive-t-il, parfois, de regarder un documentaire humanitaire en vous disant : « Et si j’étais née dans cette famille-là, dans ce pays-là… » J’avoue que cela m’arrive. Soit en pensant à moi-même (j’aurais pu naître là-bas, au Japon, près de cette usine atomique), soit en regardant mes 3 petits amours (les chanceux d'être nés ici).

    Quand j’ai découvert le projet du photographe James Mollison, auteur du livre Where the children sleep (Où les enfants dorment), cela m’a replongée intensément dans ces pensées. Mais cette fois-ci, en y mettant des images.

    Ce photographe, né au Kenya, diplômé en Angleterre et installé actuellement en Italie, a parcouru le monde entier durant 2 ans pour ce projet. Il a photographié des enfants, mais aussi leur chambre.  

    Juste avant que vous ne cliquiez pour aller en voir des extraits, je vous en dis un peu plus sur le contexte de ce projet. 

    Quand son laboratoire créatif, Fabrica, lui a demandé un projet lié aux droits de l’enfant, James Mollison a pensé... à sa propre chambre d’enfant. À combien elle était significative à ses yeux; combien elle reflétait ce qu’il était, mais aussi ce qu’il était devenu.

    Alors, il s’est dit que photographier des chambres d’enfants, dans toutes sortes de circonstances et toutes sortes d’endroits, était certainement une manière de les faire parler d’eux-mêmes.

    Il a donc photographié beaucoup de chambres et d'enfants, mais pas n’importe comment. D’un côté, il a photographié leur chambre (sans eux), et de l’autre, ces enfants seuls, devant un fond parfaitement neutre. « Mon idée était que les chambres reflètent le contexte culturel et matériel des enfants - ce qui les distingue les uns des autres, inévitablement - tandis que les enfants, eux, apparaîtraient dans un portrait individuel, symbolisant ainsi leur égalité naturelle », explique-t-il sur son site.

    Cela donne un résultat foudroyant de vérité et d’humanité. Avec des images qui parlent d’elles-mêmes, comme le font si bien les photographies talentueuses. On ne voit qu’une chambre et, pourtant, on a l’impression de connaitre l’enfant, sa famille, son pays, ses misères et ses petits bonheurs.

    Vous découvrirez ainsi la chambre de Ndira, Népalaise de 7 ans, qui travaille à la carrière de granit de la région depuis qu’elle a 3 ans. 

    Celle de Roathy 8 ans, qui vit dans la banlieue de Phnom Penh, au Cambodge. Sa maison se trouve sur une immense décharge d’ordures et son matelas est fabriqué à partir de vieux pneus.

    Ou encore celle de Jasmine, 4 ans, qui vit dans une grande maison du Kentucky. Sa chambre est pleine de couronnes et d'écharpes qu’elle a gagnées dans des concours de beauté.

    Chacun semble le reflet de sa société, même si on a du mal à se dire que ce sont des enfants « moyens », plutôt des extrêmes... Mais on comprend pourquoi ce livre est tout autant destiné à des enfants, intéressés aux conditions de vie de leurs semblables partout à travers le monde, qu’à des adultes amateurs de photographie et de réflexions sociales.

    Une internaute, dont je lisais le commentaire, a reproché à la série photographique d’être très « clichée ». Je cite : « Le Palestinien est sans doute terroriste, le juif obèse et sa chambre effrayante, les petits Chinois avec leurs affiches de mao, les enfants américains armés, les Africaines excisées, les Brésiliens dans les favelas... »

    Ce n’est pas faux. Mais la base n’en est pas moins réelle et cette richesse de contrastes est saisissante, je trouve.

    Et vous?

    Publié par
    Marie Charbonniaud
     
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    Comment leur lâcher (plus souvent) la main

    Pendant des années, on nous a dit (ou fait sentir) que pour être bon parent, il fallait jouer avec nos enfants. On nous a suggéré, au minimum, 20 minutes de jeux en rentrant le soir, mais aussi quelques heures la fin de semaine. 

    Mais qu’est-il arrivé? On en est à l'extrême. Les enfants ont tellement l’habitude d’être pris en main, animés, « organisés », qu’ils ne savent plus jouer seuls. Sitôt qu’ils ont 5 minutes de libres devant eux, ils nous disent : « Je ne sais pas quoi faire! » Ou pire, ils nous réclament un écran pour être encore plus « pris en main » : télé, ordi, console. Je généralise.

    C’est ce qu’on pouvait tirer hier, entre autres vérités, du beau documentaire dont je vous parlais dernièrement.

    N’y a-t-il pas un juste milieu à trouver, entre les parents négligents (dont les enfants sont toujours livrés à eux-mêmes) et les parents surinvestis que nous sommes devenus, en croyant bien faire?

    Eh bien oui : un peu de jeu guidé, mais surtout beaucoup de jeu libre. Car le jeu libre serait le plus important. C’est lui qui fait le plus appel à la créativité, à l’imaginaire, au développement de la personnalité, et même, des neurones.

    Alors, pleine de bonne volonté, j'y ai été attentive dans ma propre maison. J’ai changé peu à peu de méthodes avec mes 3 enfants de 2 ans, 4 ans et 6 ans.

    Au retour de l’école et de la garderie, après les câlins, les retrouvailles et les nouvelles du jour, je les « envoie » jouer, sans intervenir. J’ai même suggéré, hier, à mon fils de 4 ans de jouer dehors tout seul (ses soeurs ne voulaient pas). À ma grande surprise, il a sauté sur la proposition. Il s'est retrouvé tout seul à gratter de la neige et à remplir son camion (cela a duré 15 minutes...).

    Cette « redécouverte » forcée du jeu libre ressemble presque, je trouve, à une démarche thérapeutique.

    Au début, il y a une phase d’adaptation. Les enfants ne sont pas habitués. On les sent déstabilisés, ils nous tournent autour comme des mouches, font ici et là des bêtises. Puis tranquillement, quand ils sentent qu’ils n’arriveront à rien tirer de nous, ils commencent à construire leur jeu. C’est miraculeux. Et c’est une expérience qu'il faut répéter chaque jour, chaque fois un peu plus de temps, me confirmait François Cardinal hier.

    Ce journaliste, auteur de l’excellent livre Perdus sans la nature  - Pourquoi les jeunes ne jouent plus dehors et comment y remédier, a fait la même chose chez lui. Voici le blogue tiré de ce livre, qui vaut aussi le détour.

    Comme moi, en parent bienveillant, il avait l’habitude de faire le G.O. chaque fois que son fils de 4 ans le lui demandait. Mais l’écriture de ce livre l’a poussé à se remettre en question. Il lui a donné envie de donner de la liberté à son petit, de lui faire découvrir la richesse de « l'ennui ».

    «J’ai décidé de le laisser se débrouiller seul, de l’abandonner à ne rien faire, pendant que je devais travailler. Puis, je me suis rendu compte qu’il fallait 20 minutes pour qu’il commence à parler tout seul, à tomber dans son monde imaginaire. Or, ces 20 minutes, la plupart des enfants ne l’ont pas. C’est le temps qu’il faut pour laisser venir leur créativité! », m’a-t-il fait remarquer.

    Trop protecteur, comme beaucoup de parents, il s’est aussi imposé de lui laisser des marges d’autonomie et de liberté, dans la rue. 

    « En sortant de notre gare, on peut tourner à droite ou à gauche, et les deux chemins se retrouvent à notre maison. Quand il avait 5 ans, je lui ai dit : prends ton bord, je prends le mien! Il était un peu déstabilisé, pas sûr de lui, mais il l’a fait. Puis quand on s’est retrouvé, il y avait des étoiles dans ses yeux. Il avait l’impression d’être revenu tout seul de l’école. Un immense sentiment de fierté », raconte-t-il.

    On en est donc là. À « organiser » l’ennui et le temps libre de nos enfants. À se « forcer » à leur lâcher la main, pour les laisser grandir et développer leur estime d’eux-mêmes.

    N’est-ce pas franchement ironique, après s’être longtemps trompé à vouloir les occuper à tout prix, à les protéger à tout prix?

    Vous, leur laissez-vous des moments de liberté, dans le jeu ou dans la rue?

    Publié par
    Marie Charbonniaud
     
 
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