Est-il important de laisser un peu vivre nos tout-petits dans le bazar de leurs jouets, pour laisser libre cours à leur créativité? Beaucoup le pensent. À vouloir toujours tout ramasser, on couperait court à leur imaginaire. D’autres sont plutôt favorables au rangement quotidien, quitte à tout redéfaire le lendemain.
Autour de la table, dans cette émission radiophonique fort intéressante, il y avait 4 personnes. Caroline Allard (Mère indigne), Carmen Bourassa (Fondatrice de Passe-Partout), Martin Larocque et Régine Laurent (présidente de la FIQ).
Régine Laurent, quand elle était petite, était obligée de tout ramasser avec ses 3 frères et soeur. « Ça n’a pas brimé du tout ma créativité! », lance-t-elle.
Carmen Bourassa, qui était l’aînée de 7 enfants, était plutôt bordélique. Elle aime cette devise : « Le désordre est un effet de l’art! » D'ailleurs, leur maman respectait leur sain désordre, tant qu'elle le pouvait. « Elle recevait ses invités en leur disant : levez les pieds, il y a des enfants qui jouent, ici! », raconte Carmen Bourassa. Cela dit, avec ses propres enfants, elle ne supportait pas trop longtemps le bazar, ni les portes fermées pour le camoufler. Elle imposait un moment corvée : « Les enfants, on a tant de temps, pendant lequel on range autant qu’on le peut. »
Martin Larocque, de son côté, avait l’interdiction d’aller jouer avec ses amis tant que sa chambre n’était pas rangée. « Mes chums d’enfance en sont encore traumatisés. Ils me disent : "Qu’est-ce qu’on a pu t’attendre, les samedis, quand tu devais faire ton ménage!" », raconte-t-il.
Et aujourd'hui? On dirait que notre seuil de tolérance a augmenté... ou je me trompe? Ça dépend peut-être de chaque famille?
Selon Caroline Allard, « On a tendance à vouloir le faire nous-mêmes, car ça va plus vite. Mais quel mauvais investissement pour l’avenir! », dit-elle. Elle avoue avoir eu une certaine paresse à cet égard et dit s’en mordre les doigts aujourd’hui, car le désordre est proportionnel à l’âge, à en observer sa fille. « En plus, mon aînée a développé la mauvaise manie de penser qu’elle va se faire aider pour ranger. Elle dit: "Pourquoi je le ferai toute seule?". Ou alors, elle met cela sur dos de sa soeur. Cela me rend furieuse! Je lui dis : "Si tu veux qu’on comptabilise tout ce que j’ai rangé pour toi depuis que tu es petite, tu vas être perdante!" », s'exaspère la Mère indigne.
La vraie question, en fait, est de les inciter sans énervement ni chantage. Et je crois que le secret, c'est de commencer cette bonne habitude tôt, très tôt.
Avec ma petite dernière de 21 mois, c'est encore la vie en rose de ce côté. Je n'ai qu'à m'assoir devant le coffre à jouets, en lui disant: « Apporte-moi les jouets, je vais les ranger! », puis je fais un gros Bong! chaque fois que je range un jouet. Ça la fait rire et c'est le bonheur. Sinon, encore mieux : c'est elle qui les range spontanément en fredonnant la comptine « C'est le temps de ramasser...amasser...amasser! », qu'elle a dû apprendre au CPE. Trop génial.
Avec mes deux grands, de 3 ans et 5 ans, c'est plus délicat. Je cherche encore les solutions de rechange au chantage ou à la récompense. Parce que leur faire croire qu'on va donner tous les jouets par terre aux enfants pauvres, c'est bien beau, mais c'est encore une menace! Et surtout, au bout de 3 fois, ils ont compris qu'on ne la mettra jamais à exécution.
On peut, suggère Carmen Bourassa, leur dire que ce sera plus facile, après, de retrouver leurs affaires. « Quel gain de temps c’est, de savoir où sont ses choses! », lance la pionnière de Passe-Partout. C'est vrai. Mais est-ce que cela suffit à les motiver?
Et si la solution, c'était de lâcher prise 6 jours par semaine, pour ne ranger qu'une fois par semaine? On parle ici de leur chambre, bien sûr, pas des lieux communs (là, j'ai une heure de tolérance, maximum). Je crois que c'est celle qui me convient.
D'ailleurs, dans cette table ronde téléphonique, tout le monde était d'accord sur une chose : quand il y a un village de princesses ou une structure de petit train de construits, on s'abstient. Car leurs jeux reprennent le lendemain, le surlendemain, et c'est sans doute ça, le vrai bonheur de l'enfance. Le jeu éclipse totalement le désordre.
Et vous, quelles sont vos zones de tolérance?