Ce fait divers fait jaser toute la classe politique britannique : une maman s’est rendu compte qu’un club de danse-poteau (ou danse érotique) avait un cours destiné aux moins de 16 ans.
Du coup, un journaliste du Scottish Sun a appelé, dans l’anonymat, pour y inscrire sa fille de 6 ans. Pas de problème! Après tout, c’est une façon de faire du sport, de faire des acrobaties sur un poteau, non? C’est du moins l’avis du club…
Ce fait anecdotique m’a fait réfléchir au vaste sujet de « l’hypersexualisation des jeunes filles ». Vous savez? Ces petits bouts de femmes qui ont 8, 10, 12 ans et qui se maquillent déjà, portent des chaussures plates-formes, des jeans taille (très) basse ou des tops qui dévoilent leur nombril...
Ce matin, c’était la rentrée scolaire de ma grande. Dans la cour de l’école primaire, ça criait de joie, ça s’embrassait, ça sautillait dans tous les sens chez les filles. C’était adorable et touchant, car je me projetais déjà l’année prochaine avec la mienne. De belles amitiés.
Puis, une chose m’a sauté aux yeux. Après l’embrassade, la première chose que les 4 filles ont faite, c’est de tendre leur propre chandail, chacune leur tour, en poussant des « wouah!!! » bien soulignés, suivis d’un éclat de rire. Leur tenue, c'était essentiel. Mais surtout, deux d’entre elles avaient les yeux largement maquillés, avec mascara noir, paillettes multicolores et compagnie.
Hummm, ai-je pensé. Est-ce que la mienne se maquillera comme ça à 9 ans…? Question difficile. Ça a été intéressant de réfléchir à ça quelques secondes, le temps d’aller trouver l’enseignante de maternelle au milieu de cette foule en délire.
L’hypersexualisation, la faute à qui? À la société de consommation, qui nous bombarde jour après jour de messages publicitaires où le message perçu par nos filles est : soyez désirable, sexy, charmante? La faute aux parents, qui achètent ces vêtements et complimentent la tenue sexy de leur fille ou leur maquillage, à 10 ans? Ou l’entourage des filles, qui font de ce style la condition d’appartenance à un groupe? Un peu de tout ça, j’ai peur…
Les conséquences sont bien moins drôles que ça en a l’air.
Elles croient avoir confiance en elles, mais cette confiance, quand elle est axée à 90 % sur l’apparence, est bien fragile. Une maladie, un kilo de trop, un mot blessant et hop, ça s’écroule.
Sans le savoir, elles entretiennent aussi le symbole de la femme-objet et les stéréotypes sexuels, puisqu’elles en arrivent à se convaincre qu’un garçon ne va les apprécier que pour cela.
En lisant la conférence de cette pédiatre, directrice de la Clinique pour adolescents de l’Hôpital Montréal pour enfants, j’ai été estomaquée de lire certaines choses. Amenée à examiner régulièrement des adolescentes, elle dit que l’épilation « brésilienne » (épilation totale du pubis) est presque devenue la norme. « À la clinique, lorsque nous procédons à un examen gynécologique, nous sommes surpris lorsqu’une fille a encore du poil pubien! C’est l’exception! Ce phénomène date d’environ 3 ans », dit-elle.
Quant aux « strings », n’en parlons même pas. Ils sont souvent achetés par les mères, celles-là mêmes qui viennent consulter pour savoir si leur ado porte des traces de sévices sexuels... La clinique rencontre, en effet, environ 250 enfants par an victimes de sévices sexuels. Autant dire que le témoignage est ancré dans une certaine réalité.
Ah! Que j’ai l’impression de tenir le même discours, parfois, que ces mamies alignées à l’arrêt d’autobus, qui regardent les jeunes passer et marmonnent leur exaspération!
Le temps fera le reste et me prouvera peut-être mon impuissance. On verra.
En attendant, je vais essayer de repousser un max le temps du maquillage, des ongles rouges, des piercing du nombril et des teintures, en choisissant mes batailles. On ne peut quand même pas renoncer à la mode et à l’air du temps… j’imagine?
P.-S. Le sujet est dans l'air du temps puisque la Marche mondiale des femmes, un événement international qui se tient ici du 12 au 17 octobre, consacre une marche, le 14 octobre, à l'éducation à la sexualité en milieu scolaire. La Fédération des femmes du Québec dénonce en effet la disparition des cours d'éducation à la sexualité, à une époque où « l'environnement des jeunes est hypersexualisé », dit-elle. « Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Il doit maintenant travailler à mettre en place un programme, du matériel adéquat, du temps spécifique et de la formation pour les personnes travaillant dans le milieu de l’éducation, afin que l’école puisse elle aussi assumer pleinement ses responsabilités face à l’éducation à la sexualité » affirme Mme Conradi, présidente de la FFQ.