Cette semaine, sans vraiment le vouloir, j’ai redonné du temps libre à ma fille.
En effet, je vous avais dit que j’avais inscrit ma grande de 5 ans à la natation municipale, mais aussi à la gymnastique.
Eh bien, voilà, la gymnastique a sauté. J’ai trouvé qu’il y avait des limites à arnaquer le porte-monnaie des parents* (voir plus bas pour les curieux), mais surtout, un samedi matin de libre, c’est tellement mieux!

Le journaliste François Cardinal vient de sortir un livre remarquable, intitulé Perdus sans la nature et sous-titré : Pourquoi les jeunes ne jouent plus dehors et comment y remédier.
Il a conduit une véritable enquête pour comprendre le phénomène. Pourquoi les parents surchargent les journées des enfants? Pourquoi nos petits n’ont même plus
le temps de jouer avec un bâton de bois dans une flaque d’eau, le regard perdu dans leurs pensées? Et pourquoi quand ils ont ce temps libre, ils attendent désespérément qu’un de leurs parents leur propose un jeu, une activité, ou mieux encore (à leurs yeux) : les autorise à regarder un écran?
Comme nous tous, il remarque que « le temps alloué à ne rien faire, aux rêveries, à l’imaginaire, à donner des coups de pied dans une roche est en déclin, ici comme ailleurs ».
Il parle de la tyrannie du « je ne sais pas quoi faire », depuis que les enfants ont complètement perdu l’habitude d’être laissés à eux-mêmes.
Il nous raconte aussi comment, aux États-Unis, est né le mouvement des « Free-range Kids » (littéralement : enfants élevés en liberté), lancé par la journaliste américaine Lenore Skenazy. Le mouvement « préconise la fin des activités organisées, de la stimulation constante, des cours à répétition, du contrôle excessif des enfants et de leur horaire, au profit d’une autonomie nouvelle, d’activités libres et d’un retour aux mains plongées dans la terre humide », explique-t-il.
Mais en est-on vraiment capable? Ces parents s’efforcent, par exemple, de dire oui à leur enfant qui veut faire un tour de pâté de maisons tout seul; de fermer les yeux lorsqu’il salit ses vêtements; de le laisser partir en vélo à l’école. Bref, de le laisser vaquer aux simples occupations d'enfants.
J’essaie de leur donner cette latitude, autant que je le peux. Mais trop souvent, je me reprends en train d’exiger une chambre rangée le soir (pendant que certains jeux créatifs pourraient avoir une belle suite le lendemain), ou à obliger mon bébé à porter un bavoir en plastique, tandis que de toute façon, son chandail ira dans le panier de linge sale... C’est un immense travail, de lâcher prise!
Pour en revenir au livre, François Cardinal ne fait pas que nous ouvrir les yeux. Il nous propose aussi 10 pistes de solutions. Parmi lesquelles : redécouvrir les vertus du bon voisinage, lâcher la main de son enfant (le laisser davantage aller), revoir l’aménagement des cours, écoles et espaces verts, etc. Bref, un bouquin vraiment stimulant, pour tous les parents.
* P.-S. Je vous raconte l’anecdote, car elle est malheureusement représentative de certains clubs sportifs aujourd’hui. J’ai inscrit ma fille à une session de gymnastique d’automne, à Beloeil. Coût : 195 $, déjà dur à avaler. Puis, au moment de signer le contrat, on me demande de donner 30 $ supplémentaires pour le « souper spaghetti » (obligatoire, car c’est un geste de financement du club). Encore une fois, dur à avaler. Puis, arrive la première journée de gym. Là, on m'invite à acheter le maillot du club, pas vraiment obligatoire, mais obligatoire pour le spectacle de fin d’année... (Ils sont forts, quand même! Comme si une petite fille de 5 ans allait renoncer à son spectacle!) Facture pour ce bout de tissu made-in-china? 45 $. Total de la saison de gymnastique, de septembre à décembre : 270 $.
J’ai failli les dénoncer aux émissions de consommation, car le souper spaghetti et le maillot du club ne sont ni plus ni moins que des frais cachés. Mais je me suis contentée de leur expliquer mon indignation et leur demander le remboursement de tout. Je l'ai fait pour être en accord avec mes principes, bien sûr, mais aussi pour toutes les familles qui se saignent le budget afin de donner une chance sportive à leur enfant, et sans pouvoir rien dire, tombent dans ce système lucratif. Enfin, c'est mon avis!