Avez-vous entendu parlé du projet Naissances?
C'est une pièce de théâtre sur le thème de la naissance, que vous aurez encore l'occasion de voir le 14 décembre, à l'Espace Go, à Montréal. La pièce est suivie d'une discussion avec des intervenant(e)s en périnatalité : une sage-femme, un chercheur, un médecin, une accompagnante, etc.
Le site Internet de la pièce tend la plume à certains artistes ou auteurs pour témoigner. J'ai donc eu l'opportunité d'y parler de mes « naissances ». Une sorte d'hommage aux sages-femmes qui font un travail formidable. Voilà ce que j'y raconte.
Aucun de mes accouchements ne se ressemble. Mais ils composent une belle histoire : celle du corps qui apprend à accoucher.
Le premier, à l’hôpital. J’avais 27 ans et, malgré tout mon amour pour le « tout naturel », accoucher à l’hôpital avait quelque chose de rassurant pour un premier bébé, pour moi comme pour mon époux. Alors, je me suis dit : j’accoucherai à l’hôpital, mais le plus naturellement possible!
Ce fut presque réalisé. Notre fille ayant décidé de rester dans son nid douillet jusqu’à 42 semaines, j’ai dû accepter un déclenchement, ultimement repoussé au maximum, en vain.
J’ai donc conservé, comme j’ai pu, cet accouchement dans les limites de ce que l’hôpital peut offrir : déclenché avec de l’hormone de synthèse, forcément; avec une percée de poche des eaux, certes; mais sans épidurale. J’ai même profité de la seule baignoire à remous offerte à l’étage.
Mobile, je trainais partout avec moi ce soluté à roulettes qui m’encombrait et je demandais sans cesse qu’on me fiche la paix avec le monitoring. Je ne me sentais bien que debout ou à 4 pattes! Une vraie rebelle à l’hôpital, soutenue par des infirmières à la fois déboussolées et séduites.

Deuxième accouchement : en maison des naissances, à Pointe-Claire. Une révélation. Une reconnexion avec moi-même, mon ventre, mes valeurs, mes contractions.
Notre fils est arrivé à 39 semaines, après avoir percé sa poche des eaux une belle nuit de printemps.
Dans la chambre de la maison des naissances, je bouge, je marche, je soupire. Mon amoureux m’apporte à boire et des dattes puis reste à mes côtés, tandis que ma sage-femme passe une tête souriante, de temps à autre.
J’ai un peu froid et le travail s’intensifie, alors je vais me détendre dans le bain (encore). Puis, je ressors, je m’accoude au grand lit bordé de ma couette préférée (ici, on apporte nos draps) et notre bébé pointe son nez. C’est un fils!
Les larmes coulent et son papa entonne une berceuse (« Ma petite est comme l’eau… »), que ma sage-femme et l’aide soignante reprennent en chœur, tout doucement. Un moment de grâce, dans la pénombre, pour accueillir ce petit déjà collé à moi.
Troisième accouchement : même maison des naissances, même chambre, même sage-femme tant aimée, Claudia Faille.
Je passe la moitié du travail dans l’eau et j’y suis tellement bien que j’ai bien l’intention d’y rester jusqu'au bout. Mon amoureux souhaite rester près de moi, mais je préfère être seule. Je suis tellement bien dans ma bulle, en connexion avec ce bébé!
Chaque contraction me rapproche de lui. Les douleurs deviennent donc des amies à qui je dis : « Viens! », dans un dialogue un peu surréaliste.
La sage-femme et son assistante entrent en trombe me rejoindre pour m’aider à l’accueillir dans l’eau. C’est une fille!
C’est une certitude : quand tout va bien, le corps d’une femme que l’on écoute sait accoucher tout seul. Il suffit de lever les barrières que l’on se dresse, à travers nos peurs ou l’entourage médical.
Je ne l’ai jamais si bien compris que ce jour, en dégustant mon plateau de fruits après l’accouchement. Un grand merci à Claudia, qui m’a fait prendre conscience de ce secret bien gardé… depuis que la femme existe!