Sur le site d’Héma-Québec, l’organisme qui gère déjà la banque de sang de la province, on trouve cette information : « Projet de banque de lait maternel à l'étude ».
Depuis longtemps, en effet, l’idée de banques de lait maternel circule.
Déjà nombreuses en Europe - l'Association européenne des banques de lait comprend 155 centres dispersés dans 23 pays -, elles permettent essentiellement de nourrir les bébés prématurés et de multiplier leur chance de survie, mais aussi de nourrir d’autres bébés, surtout sur besoin médical de leurs mamans.
Selon une recherche publiée en décembre dernier dans le Journal of Pediatrics, le lait maternel diminuerait des deux tiers les risques d'entérocolite nécrosante, très difficile à traiter et souvent fatale pour les prématurés, puisqu'elle détruit leurs muqueuses intestinales.
On sait aussi que le lait maternel protège les prématurés - et tous les bébés - des infections aux voies respiratoires ou des infections gastro-intestinales.
Bref, ces raisons font que de nombreux médecins attendent cela depuis longtemps et que la Fondation d’Héma-Québec a décidé d’investir 66 000 $ pour voir comment cela serait possible, à quel coût, etc. Après cela, quelle que soit la décision d'Héma-Québec, il faudra l’accord du ministère de la Santé.
En attendant, il est drôle de lire les réactions de certaines blogueuses, mais surtout des mamans, à ce sujet.
Parmi les lectrices de La Presse, par exemple, la plupart semblent prêtes, avec plaisir, à donner leur lait tout comme elles donnent leur sang. Dans le sens inverse, elles sont a priori moins à l'aise avec l’idée de donner à leur bébé un autre lait maternel.
Cela se comprend, bien sûr, si elles peuvent elles-mêmes allaiter. Mais si elles ne le peuvent pas?
Sur un autre blogue, une lectrice raconte comment elle avait mal réagi lorsqu’une amie de son mari lui avait gentiment proposé d’offrir son propre sein à son bébé, lorsque cette première lui a dit qu’elle allait probablement abandonner l’allaitement pour donner du lait artificiel. Ce à quoi une autre lui répond que les mamans d'autrefois ne se posaient même pas la question, avec leur nourrice attitrée...
D’autres expliquent que, si elles imaginent mal faire téter directement leur bébé à un autre sein, elles seraient par contre favorables à lui donner du lait maternel anonyme, étiqueté et pasteurisé, acheté à une banque.
Comme dit l’une d’entre elles, « ce n’est certainement pas pire que de donner le lait d’une vache anonyme! » N’est-ce pas?
Personnellement, la seule fois où j’ai dû jeter mon lait congelé, cela m’a un peu tordu le coeur. Alors, je n’hésiterais pas à faire don du mien, si j’en avais l’occasion lors d’une future grossesse. Quant à acheter celui d'une autre, si j'étais malade par exemple, pourquoi pas? Si les conditions sont irréprochables, je préfère une maman anonyme à une vache anonyme. Surtout que, paraît-il, les laits maternels sont mélangés pour maximiser la teneur en vitamines. Mais je conviens que c'est très personnel... et qu'il me faudrait sûrement un temps d'adaptation (...d'acceptation?).
Enfin, dernier problème : rémunérer ou pas les donneuses?
La plupart des mamans semblent prêtes à l’idée de donner gratuitement, estimant même qu’un tel acte ne peut qu’être bénévole, tout comme le don de sang.
L’organisme Nourri-source est du même avis, mais allume une autre lanterne : si nous laissons des entreprises lucratives s’emparer de ce marché, comment être sûr de l’utilisation de notre lait à des fins honorables?
Je les cite : « Comment ne pas se questionner sur le désir effréné de l'industrie de toujours présenter un produit qui se "rapproche de plus en plus du lait maternel"? Comment ne pas penser que l'industrie n'essayera pas de standardiser ou de "breveter" certaines substances du lait maternel? Et si des gens qui peuvent se payer le luxe d'acheter le lait du lactarium privé pour leurs nourrissons, que se passera-t-il pour les parents qui n'ont pas les moyens? »
La solution serait donc claire : il faut que ce soit un organisme indépendant et non lucratif qui prenne ce projet sous le bras.
Pour Nourri-Source, l’enjeu est même urgent. « Il est difficile de comprendre le manque de dynamisme du réseau de la santé face au rétablissement du projet des banques de lait/lactariums au Canada. Attendons-nous que des intérêts financiers s'emparent de "l'or blanc" au Canada? Ou bien souhaitons-nous que, pour le bien de tous, le lait maternel puisse servir à ces bébés moins fortunés par la vie (et dont les mères n'ont, malheureusement, pas pu ou pas voulu allaiter)? »
Quant à vous, les mamans et les papas, ces projets vous évoquent quoi?