Quand ma première fille a eu 6 mois, elle aimait tellement se mettre debout sur ses petites jambes bien tendues que cela nous est apparu comme une évidence : l’exerciseur, elle va adorer ça!
Effectivement, elle a beaucoup aimé ça. D’ailleurs, quel bébé n’aime pas ça? Ils sont dedans comme des pachas, avec tous leurs jouets à portée de main. Même plus besoin de faire d’efforts.
Quant aux parents, c’est tellement réjouissant! Bébé est debout, s’amuse comme un fou et, en plus, il est parfaitement en sécurité pendant que maman parle au téléphone ou s’active dans la cuisine.
Oui, mais. Voilà le problème. Trop facile, l’exerciseur. 
« Pour le bébé, c’est la loi du moindre effort », m’a résumé Maria de Notariis, physiothérapeute au CHU Sainte-Justine, qui voit des bébés tous les jours pour réajuster leurs divers troubles de développement.
Les parents d’aujourd’hui s’inquiètent que leur bébé n’aime pas être sur le ventre et ne fasse pas de quatre pattes… mais comment peut-il en être autrement, quand ils ont cette soucoupe bionique à la maison?
« Une fois qu’ils ont goûté à ça, comment trouver la motivation d’apprendre à se déplacer? », explique-t-elle.
C’est donc bien clair : lorsque l’exerciseur est trop utilisé, et trop tôt, il freine le développement moteur du bébé plus qu’il ne le stimule. Il se révèle même négatif pour le développement musculaire.
Dans le livre passionnant qu’elle a publié en 2008 sur le développement neuromoteur de 0 à 15 mois (Regarde-moi), avec trois autres collègues de l’hôpital Sainte-Justine, elle consacre un petit encadré à ce joujou. Les quatre auteures prennent clairement position.
« Depuis 10 ans environ, on constate un engouement pour ce type d’équipement. Certains parents y placent leur poupon dès l’âge de 4 mois, sous prétexte qu’ils l’ont reçu en cadeau ou que le bébé adore y être placé. En effet, certains bébés expérimentent très peu les positions ventrales et latérales. Or dans ces équipements, les muscles utilisés sont les extenseurs. (…) »
Les parents, fiers comme des paons, sont convaincus que leur bébé va bientôt marcher! Mais il n’en est rien.
« Il y a des conséquences à l’utilisation de ces aides à la station debout : des jambes raides et des pieds pointés ou une marche avec une base très large et un mouvement de pivot des jambes. Dans les deux cas, les mouvements seront lents et grossiers et les bébés seront incapables de franchir les obstacles. Les chutes seront fréquentes, car les mécanismes de réajustement postural seront quasiment inexistants (…). La marche indépendante peut être retardée. »
Déjà, on le sait, nos bébés ont plus de difficulté qu’avant à pratiquer le quatre pattes en raison du dodo sur le dos, qui engendre nécessairement une moindre vitalité en position ventrale (si on les compare aux bébés de la génération précédente). Mais si, en plus, on les met trop tôt dans ces choses-là...?
« Pas étonnant que nos bébés n’expérimentent plus les joies du quatre pattes, pourtant très riches sur le plan psychomoteur », rappelle-t-elle.
Pour elle, le conseil à retenir est celui-ci : « On peut dire que si le bébé a expérimenté toute la mobilité au sol et qu’il commence à se tirer debout tout seul, il est prêt à y être placé pour de courtes périodes. »
Malheureusement, la plupart des parents (dont je suis) avaient tendance à croire l’inverse : si nous y plaçons bébé avant qu'il sache marcher, il va apprendre plus vite. Erreur.
Et si l’on commence plus tard (vers 11 ou 12 mois), c’est l’âge où bébé a le plus envie de fouiner et d’explorer. Alors à quoi bon?
Autant le remiser ou le vendre…