Est-ce une tradition des banlieues nord-américaines, la vente en porte-à-porte de nourriture pour financer des projets scolaires? (Ce qui expliquerait que, en tant qu’Européenne, je n’ai jamais vu ça.) Ou est-ce une mode tellement récente, chez les tout-petits, que je ne la connais pas bien encore?
Certes, j’ai déjà été sollicitée par des ados, d’écoles secondaires, pour financer un voyage au Chili ou je ne sais où. Mais par des enfants de 5 ans, jamais.
Je vous pose la question parce que je me suis trouvée bien embarrassée, la semaine dernière, devant la petite feuille transmise par l’école de ma fille dans sa « pochette-facteur ».
Cette petite feuille proposait de participer à la campagne de financement pour la Fondation de l’école, afin de financer de futures activités « spéciales » pour nos enfants (on ne sait pas lesquelles). Pour cela, on nous invitait à choisir quels produits on avait envie de faire vendre par nos enfants : Des chocolats? Du café équitable? Des biscuits apéritifs?
Les produits sont fournis aux familles par « mallette », d’une valeur de 90 $. Rien de moins. Donc, en résumé : on achète une mallette (remplie de chocolat, de biscuits, etc.), on vend son contenu à 3 $ l’unité, en porte-à-porte, puis on rapporte gentiment les sous à l’école.
Mais je me pose la question : combien de parents d’enfants de 5 ans, nouvellement inscrits en maternelle depuis 2 semaines, acceptent de faire vendre ces choses en porte-à-porte par leur enfant, ou même au sein de leur entourage, pour le compte de son école?
Quel message donner à son enfant, qui part pour sa tournée : « Sois une bonne vendeuse, ma fille, comme ça tu auras de belles activités à l’école? Comme ça, tu seras bien vue par les professeurs? » Ou encore : « Comme ça, tu vas ramasser plein de sous… même s'ils ne sont pas pour toi? »
Bien sûr, le papier laissait une certaine forme de choix. Il y était écrit :
« Non, je ne désire pas participer à l’opération de financement. »
« Je préfère contribuer par un don en argent (minimum 50 $ ). »
Bizarrement, seule la deuxième option avait un carré pouvant être coché. Pas de carré à côté de la première. Du coup, j’ai consulté mon mari, puis j’ai entouré, trois fois plutôt qu’une, la première phrase.
Personnellement, je n’arrive pas à adhérer à ce principe de campagne de financement pour une école publique, par des enfants de 5 ans. Même de 7 ou 9 ans.
Je donne volontiers à des adolescents qui nous aident concrètement, par exemple en nous aidant à faire des emballages-cadeaux, au bénéfice du scoutisme ou de la Croix-Rouge.
Mais je ressens un profond malaise à me servir de mes propres enfants à titre de démarcheurs commerciaux, et finalement, à se servir de leur sourire et de leur naïve gentillesse, même si c’est pour une bonne cause. C’est ainsi, pour le moment. Peut-être que ça changera…
Euh… suis-je une extra-terrestre?