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Blogue de Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
septembre 2010 - Billets
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Est-ce une tradition des banlieues nord-américaines, la vente en porte-à-porte de nourriture pour financer des projets scolaires? (Ce qui expliquerait que, en tant qu’Européenne, je n’ai jamais vu ça.) Ou est-ce une mode tellement récente, chez les tout-petits, que je ne la connais pas bien encore?
Certes, j’ai déjà été sollicitée par des ados, d’écoles secondaires, pour financer un voyage au Chili ou je ne sais où. Mais par des enfants de 5 ans, jamais.
Je vous pose la question parce que je me suis trouvée bien embarrassée, la semaine dernière, devant la petite feuille transmise par l’école de ma fille dans sa « pochette-facteur ».
Cette petite feuille proposait de participer à la campagne de financement pour la Fondation de l’école, afin de financer de futures activités « spéciales » pour nos enfants (on ne sait pas lesquelles). Pour cela, on nous invitait à choisir quels produits on avait envie de faire vendre par nos enfants : Des chocolats? Du café équitable? Des biscuits apéritifs?
Les produits sont fournis aux familles par « mallette », d’une valeur de 90 $. Rien de moins. Donc, en résumé : on achète une mallette (remplie de chocolat, de biscuits, etc.), on vend son contenu à 3 $ l’unité, en porte-à-porte, puis on rapporte gentiment les sous à l’école.
Mais je me pose la question : combien de parents d’enfants de 5 ans, nouvellement inscrits en maternelle depuis 2 semaines, acceptent de faire vendre ces choses en porte-à-porte par leur enfant, ou même au sein de leur entourage, pour le compte de son école?
Quel message donner à son enfant, qui part pour sa tournée : « Sois une bonne vendeuse, ma fille, comme ça tu auras de belles activités à l’école? Comme ça, tu seras bien vue par les professeurs? » Ou encore : « Comme ça, tu vas ramasser plein de sous… même s'ils ne sont pas pour toi? »
Bien sûr, le papier laissait une certaine forme de choix. Il y était écrit :
« Non, je ne désire pas participer à l’opération de financement. »
« Je préfère contribuer par un don en argent (minimum 50 $ ). »
Bizarrement, seule la deuxième option avait un carré pouvant être coché. Pas de carré à côté de la première. Du coup, j’ai consulté mon mari, puis j’ai entouré, trois fois plutôt qu’une, la première phrase.
Personnellement, je n’arrive pas à adhérer à ce principe de campagne de financement pour une école publique, par des enfants de 5 ans. Même de 7 ou 9 ans.
Je donne volontiers à des adolescents qui nous aident concrètement, par exemple en nous aidant à faire des emballages-cadeaux, au bénéfice du scoutisme ou de la Croix-Rouge.
Mais je ressens un profond malaise à me servir de mes propres enfants à titre de démarcheurs commerciaux, et finalement, à se servir de leur sourire et de leur naïve gentillesse, même si c’est pour une bonne cause. C’est ainsi, pour le moment. Peut-être que ça changera…
Euh… suis-je une extra-terrestre?
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Dans le même esprit que mon dernier texte, qui invitait les enfants à jouer dehors plutôt qu’à se compliquer leur vie d'enfant dans les activités dirigées, j’ai l’impression qu’il se passe la même révolution... chez les jouets!
Avez-vous remarqué comme un bébé s’amuse plus avec un bol et des ustensiles de cuisson plutôt qu’avec les gadgets que le père Noël lui a apportés?
Beaucoup d’entre nous trouvent cela décourageant, juste à songer aux petites fortunes englouties dans les jouets de leurs enfants... Mais au contraire, c’est formidable! Nos enfants sont écolos dans l’âme, anticonsommateurs par nature! (Avant d'être influencés par les publicités et amis, certes...)
Récemment, je discutais avec la directrice pédagogique du CPE de mes enfants. Au CPE Les Copains d’abord, à McMasterville, on expérimente l’approche pédagogique Logzy. D’origine hongroise, développée en Europe et encouragée ici par le regroupement des CPE de la Montérégie, cette approche est basée sur une attention personnalisée avec l’enfant, des interrelations chaleureuses, au sein d’un environnement stimulant et prévisible.
Or, en ce qui concerne les jeux, cette pédagogie invite à la formule des jeux libres, avec un grand travail d’observation. « L’idée est de mettre en place ce dont les enfants ont besoin pour faire eux-mêmes leurs découvertes. Cela demande de bien connaître chaque enfant, pour le suivre dans son processus d’apprentissage, et de miser davantage sur l'observation que sur l'animation pure et simple », m’expliquait Manon Coulombe.
Du même coup, cette approche redonne la vie aux objets simples pour jouer, plutôt qu’aux jouets commerciaux simplistes.
Chez les poupons, par exemple, les bols en inox et les cuillères en bois ont fait leur entrée. « Les bébés regardent leur reflet dans le bol, s’en servent comme chapeau. On revient à cette base-là, car l’enfant développe tout autant sa logico-mathématique, par exemple, en se débrouillant avec ses objets et en les faisant vivre, plutôt qu’en ayant des jouets tout conçus, où une seule action est possible », explique la directrice.
La dernière fois, en allant chercher ma dernière (16 mois), j’ai donc eu le bonheur de la voir s’amuser avec des plats en aluminium, qu’elle empilait, défaisait, empilait, et redéfaisait… Elle ne m’a même pas vue arriver ni l’observer.
Tout ça pour dire : et si on osait faire le tri parmi les jouets, pour ne garder que ceux avec lesquels ils jouent vraiment, puis n’aller que vers des jouets simples, basiques, évolutifs? Du genre, ceux à qui on doit donner vie (poupées, costumes, instruments de musique) ou donner des formes (blocs, Lego, pâtes à modeler, dessin)?
Sans surprise, c’est la tendance que prennent tous les grands salons du jouet dans le monde. On n’y aura jamais vu autant « d’écofabricants » de jouets, qui font la part belle aux jouets en bois traditionnels conçus à partir de bois issus de forêts durables, mais aussi de simples casse-têtes, jeux de plateau ou jouets en bois.
J'aimerais bien savoir, chez vous, quels sont les jouets qui ressortent grands vainqueurs chez vos poupons et vos plus grands? Je suis presque sûre que, comme chez moi, les jouets « action-réaction » n'ont pas duré bien longtemps...
Et si vous avez des jouets fabriqués maison dans ce palmarès, vite, vite, partageons-les!
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Cette semaine, sans vraiment le vouloir, j’ai redonné du temps libre à ma fille.
En effet, je vous avais dit que j’avais inscrit ma grande de 5 ans à la natation municipale, mais aussi à la gymnastique.
Eh bien, voilà, la gymnastique a sauté. J’ai trouvé qu’il y avait des limites à arnaquer le porte-monnaie des parents* (voir plus bas pour les curieux), mais surtout, un samedi matin de libre, c’est tellement mieux!

Le journaliste François Cardinal vient de sortir un livre remarquable, intitulé Perdus sans la nature et sous-titré : Pourquoi les jeunes ne jouent plus dehors et comment y remédier.
Il a conduit une véritable enquête pour comprendre le phénomène. Pourquoi les parents surchargent les journées des enfants? Pourquoi nos petits n’ont même plus
le temps de jouer avec un bâton de bois dans une flaque d’eau, le regard perdu dans leurs pensées? Et pourquoi quand ils ont ce temps libre, ils attendent désespérément qu’un de leurs parents leur propose un jeu, une activité, ou mieux encore (à leurs yeux) : les autorise à regarder un écran?
Comme nous tous, il remarque que « le temps alloué à ne rien faire, aux rêveries, à l’imaginaire, à donner des coups de pied dans une roche est en déclin, ici comme ailleurs ».
Il parle de la tyrannie du « je ne sais pas quoi faire », depuis que les enfants ont complètement perdu l’habitude d’être laissés à eux-mêmes.
Il nous raconte aussi comment, aux États-Unis, est né le mouvement des « Free-range Kids » (littéralement : enfants élevés en liberté), lancé par la journaliste américaine Lenore Skenazy. Le mouvement « préconise la fin des activités organisées, de la stimulation constante, des cours à répétition, du contrôle excessif des enfants et de leur horaire, au profit d’une autonomie nouvelle, d’activités libres et d’un retour aux mains plongées dans la terre humide », explique-t-il.
Mais en est-on vraiment capable? Ces parents s’efforcent, par exemple, de dire oui à leur enfant qui veut faire un tour de pâté de maisons tout seul; de fermer les yeux lorsqu’il salit ses vêtements; de le laisser partir en vélo à l’école. Bref, de le laisser vaquer aux simples occupations d'enfants.
J’essaie de leur donner cette latitude, autant que je le peux. Mais trop souvent, je me reprends en train d’exiger une chambre rangée le soir (pendant que certains jeux créatifs pourraient avoir une belle suite le lendemain), ou à obliger mon bébé à porter un bavoir en plastique, tandis que de toute façon, son chandail ira dans le panier de linge sale... C’est un immense travail, de lâcher prise!
Pour en revenir au livre, François Cardinal ne fait pas que nous ouvrir les yeux. Il nous propose aussi 10 pistes de solutions. Parmi lesquelles : redécouvrir les vertus du bon voisinage, lâcher la main de son enfant (le laisser davantage aller), revoir l’aménagement des cours, écoles et espaces verts, etc. Bref, un bouquin vraiment stimulant, pour tous les parents.
* P.-S. Je vous raconte l’anecdote, car elle est malheureusement représentative de certains clubs sportifs aujourd’hui. J’ai inscrit ma fille à une session de gymnastique d’automne, à Beloeil. Coût : 195 $, déjà dur à avaler. Puis, au moment de signer le contrat, on me demande de donner 30 $ supplémentaires pour le « souper spaghetti » (obligatoire, car c’est un geste de financement du club). Encore une fois, dur à avaler. Puis, arrive la première journée de gym. Là, on m'invite à acheter le maillot du club, pas vraiment obligatoire, mais obligatoire pour le spectacle de fin d’année... (Ils sont forts, quand même! Comme si une petite fille de 5 ans allait renoncer à son spectacle!) Facture pour ce bout de tissu made-in-china? 45 $. Total de la saison de gymnastique, de septembre à décembre : 270 $.
J’ai failli les dénoncer aux émissions de consommation, car le souper spaghetti et le maillot du club ne sont ni plus ni moins que des frais cachés. Mais je me suis contentée de leur expliquer mon indignation et leur demander le remboursement de tout. Je l'ai fait pour être en accord avec mes principes, bien sûr, mais aussi pour toutes les familles qui se saignent le budget afin de donner une chance sportive à leur enfant, et sans pouvoir rien dire, tombent dans ce système lucratif. Enfin, c'est mon avis!
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Ce fait divers fait jaser toute la classe politique britannique : une maman s’est rendu compte qu’un club de danse-poteau (ou danse érotique) avait un cours destiné aux moins de 16 ans.
Du coup, un journaliste du Scottish Sun a appelé, dans l’anonymat, pour y inscrire sa fille de 6 ans. Pas de problème! Après tout, c’est une façon de faire du sport, de faire des acrobaties sur un poteau, non? C’est du moins l’avis du club…
Ce fait anecdotique m’a fait réfléchir au vaste sujet de « l’hypersexualisation des jeunes filles ». Vous savez? Ces petits bouts de femmes qui ont 8, 10, 12 ans et qui se maquillent déjà, portent des chaussures plates-formes, des jeans taille (très) basse ou des tops qui dévoilent leur nombril...
Ce matin, c’était la rentrée scolaire de ma grande. Dans la cour de l’école primaire, ça criait de joie, ça s’embrassait, ça sautillait dans tous les sens chez les filles. C’était adorable et touchant, car je me projetais déjà l’année prochaine avec la mienne. De belles amitiés.
Puis, une chose m’a sauté aux yeux. Après l’embrassade, la première chose que les 4 filles ont faite, c’est de tendre leur propre chandail, chacune leur tour, en poussant des « wouah!!! » bien soulignés, suivis d’un éclat de rire. Leur tenue, c'était essentiel. Mais surtout, deux d’entre elles avaient les yeux largement maquillés, avec mascara noir, paillettes multicolores et compagnie.
Hummm, ai-je pensé. Est-ce que la mienne se maquillera comme ça à 9 ans…? Question difficile. Ça a été intéressant de réfléchir à ça quelques secondes, le temps d’aller trouver l’enseignante de maternelle au milieu de cette foule en délire.
L’hypersexualisation, la faute à qui? À la société de consommation, qui nous bombarde jour après jour de messages publicitaires où le message perçu par nos filles est : soyez désirable, sexy, charmante? La faute aux parents, qui achètent ces vêtements et complimentent la tenue sexy de leur fille ou leur maquillage, à 10 ans? Ou l’entourage des filles, qui font de ce style la condition d’appartenance à un groupe? Un peu de tout ça, j’ai peur…
Les conséquences sont bien moins drôles que ça en a l’air.
Elles croient avoir confiance en elles, mais cette confiance, quand elle est axée à 90 % sur l’apparence, est bien fragile. Une maladie, un kilo de trop, un mot blessant et hop, ça s’écroule.
Sans le savoir, elles entretiennent aussi le symbole de la femme-objet et les stéréotypes sexuels, puisqu’elles en arrivent à se convaincre qu’un garçon ne va les apprécier que pour cela.
En lisant la conférence de cette pédiatre, directrice de la Clinique pour adolescents de l’Hôpital Montréal pour enfants, j’ai été estomaquée de lire certaines choses. Amenée à examiner régulièrement des adolescentes, elle dit que l’épilation « brésilienne » (épilation totale du pubis) est presque devenue la norme. « À la clinique, lorsque nous procédons à un examen gynécologique, nous sommes surpris lorsqu’une fille a encore du poil pubien! C’est l’exception! Ce phénomène date d’environ 3 ans », dit-elle.
Quant aux « strings », n’en parlons même pas. Ils sont souvent achetés par les mères, celles-là mêmes qui viennent consulter pour savoir si leur ado porte des traces de sévices sexuels... La clinique rencontre, en effet, environ 250 enfants par an victimes de sévices sexuels. Autant dire que le témoignage est ancré dans une certaine réalité.
Ah! Que j’ai l’impression de tenir le même discours, parfois, que ces mamies alignées à l’arrêt d’autobus, qui regardent les jeunes passer et marmonnent leur exaspération!
Le temps fera le reste et me prouvera peut-être mon impuissance. On verra.
En attendant, je vais essayer de repousser un max le temps du maquillage, des ongles rouges, des piercing du nombril et des teintures, en choisissant mes batailles. On ne peut quand même pas renoncer à la mode et à l’air du temps… j’imagine?
P.-S. Le sujet est dans l'air du temps puisque la Marche mondiale des femmes, un événement international qui se tient ici du 12 au 17 octobre, consacre une marche, le 14 octobre, à l'éducation à la sexualité en milieu scolaire. La Fédération des femmes du Québec dénonce en effet la disparition des cours d'éducation à la sexualité, à une époque où « l'environnement des jeunes est hypersexualisé », dit-elle. « Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Il doit maintenant travailler à mettre en place un programme, du matériel adéquat, du temps spécifique et de la formation pour les personnes travaillant dans le milieu de l’éducation, afin que l’école puisse elle aussi assumer pleinement ses responsabilités face à l’éducation à la sexualité » affirme Mme Conradi, présidente de la FFQ.
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