Rendue publique en octobre dernier par la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée poursuit son petit bonhomme de chemin. Je l’ai moi-même reçue cette semaine.
Beaucoup de monde a participé à la rédaction de ses 7 petits articles : gens de la mode, de la publicité, des médias et du gouvernement. Bonne nouvelle : il semblerait que les signataires se multiplient à grands pas.
Grosso modo, on y réaffirme qu’il y a toutes sortes de formes corporelles dans notre monde, mais que le marketing et les magazines continuent pourtant de nous assommer, décennie après décennie, de modèles de minceur.
Cela aurait un impact majeur sur l’estime de soi (des femmes bien sûr, mais aussi des hommes), en plus d'avoir une influence négative sur la santé.
Leur site donne des chiffres éloquents :
- 34 % des adolescents et plus de 40 % des adolescentes de niveau secondaire sont insatisfaits de leur image corporelle et affirment vouloir modifier leur apparence;
- 56 % des femmes ayant un poids santé selon leur indice de masse corporelle veulent perdre du poids;
- au moins 10 % des Québécoises âgées de 13 à 30 ans souffrent d’un trouble de l’alimentation important...
Les signataires souhaitent donc « promouvoir une diversité d’images corporelles comprenant des tailles, des proportions et des âges variés; minimiser les risques d’anorexie nerveuse, de boulimie et de préoccupation malsaine à l’égard du poids; encourager de saines habitudes autour de l’alimentation et de la régulation du poids corporel ». Voilà 3 des 7 principes, pour vous donner un aperçu.
Je suis d’accord avec tout ça. Mais j’ose poser une question : vais-je m’interdire de dire à ma fille« Ne mange pas trop de gras et de sucre », sous prétexte qu’elle n’a que 5 ans et qu’elle risque de développer une attitude critique à l’égard du poids, voire à l’égard des personnes en surpoids?
Évidemment non. Il ne faut pas que ce discours empêche, à l’inverse, d’éduquer nos enfants à l’alimentation saine. Mais j’avoue qu’en pratique, la conduite à tenir est très délicate.
Je me souviens encore d’une conversation récente :
Moi : - Ma chérie, il faut être raisonnable avec les desserts. C’est beaucoup de gras et de sucre, en général, les desserts.
Elle : - Mais pourquoi c’est pas bon, le sucre et le gras? Moi, j’aime ça!
Moi : - Ta bouche aime ça, mais ton petit corps, lui, n’aime pas ça. Il préfère les fruits, les céréales et les légumes, par exemple. Et si tu lui donnes trop de gras et de sucre, il n’aura pas le temps d’utiliser le tout pour sa petite machine... et va se mettre à grossir pour le stocker. (J’avoue, j’ai simplifié).
Une amie, avec sa propre fille, a utilisé des macaronis pour expliquer tout ça.
« Je lui ai expliqué que nos artères étaient comme des petits macaronis et que lorsqu'on prenait trop de beurre ou de margarine, ça bouchait le petit tuyau. Tout ça, avec l’exemple technique du beurre que je mettais dans un macaroni... Disons que la démonstration a été éloquente! », m’a-t-elle dit l’autre jour, quand je lui faisais part de ce sujet délicat à aborder.
Je ne crois pas que nos filles développeront un désordre alimentaire parce qu’on leur a expliqué cela.
Pourquoi? Parce qu’on prêche une saine alimentation pour des considérations de santé, plutôt que pour des considérations esthétiques.
Comme je l’ai dis à ma fille, quand on mange trop de gras et de sucre, on a plus de risques de souffrir de maladies et de mourir un peu plus tôt. C’est un peu réducteur, mais ce sont des arguments qu’elle comprend très bien, même du haut de ses 5 ans.
Jamais, par contre, je n’ai utilisé la beauté dans mes arguments.
Cette nuance dans l’argumentation fait toute la différence, je crois. En plus, ça rend le sujet plus facile à aborder.
Et vous, vous réagissez comment?
P.-S. : Un bon petit livre pour trouver les mots justes : Ma fille se trouve ronde - Comment l'aider, par le Dr Cassuto et S. Guillou (Albin Michel, 2005).