La garderie de mes enfants se trouve le long d'un grand boulevard montréalais : le boulevard Saint-Joseph. Et même si la circulation y est limitée à 50, la plupart des voitures y foncent comme si elles étaient sur une autoroute.
Lorsque j'en sors, vers 15 h 30 ou 16 h, je tiens donc fermement les mains de mon fils de 2 1/2 ans et je m'engouffre dans la première rue adjacente qui suit, pour rejoindre notre maison par les petites rues tranquilles. Ma plus grande de 4 ans, quant à elle, n'a même plus besoin de consignes. Elle a tellement peur des voitures qu'elle se fige dès qu'elle en voit une à 100 mètres d'elle, et me rejoint en courant dès que j'approche une intersection, au cas où j'aurais la mauvaise idée de traverser avant elle…
Je ne suis pas la seule à être effrayée par ce boulevard Saint-Joseph. Tous les parents de la garderie ont signé une pétition destinée à régler ce problème. Proposée par le conseil d'administration du CPE (où je siège), elle a déjà recueilli 200 signatures et sera présentée au prochain conseil d'établissement.
En plus, les élections municipales arrivent. Cela a pour conséquence magique que tous les candidats viennent promettre haut et fort à notre directrice qu'ils feront tout pour réaménager le quartier, mettre des ralentisseurs, élargir les trottoirs…
Le Dr Patrick Morency, de la Direction de santé publique de Montréal, a étudié les données d’accidents nécessitant une intervention ambulancière. Résultat : entre 1998 et 2008, 3 771 piétons et cyclistes blessés âgés de 5 ans à 17 ans ont été fauchés par une voiture (mais pas tous tués, heureusement).
« Ça fait environ 8 enfants par semaine qui sont transportés en ambulance. Je crois que ces résultats parlent d'eux-mêmes », a déclaré le Dr Morency à la presse.
Autre organisme intéressé à ce que ça change : la Coalition québécoise sur la problématique du poids. Selon elle, plus les quartiers seront aménagés, avec de grands trottoirs et des pistes cyclables, plus les enfants se sentiront en sécurité pour se rendre à l'école à pied ou à vélo. Pas faux.
Combien d'entre nous envoient (ou enverront) leur enfant à pied à l'école? Certainement 10 fois moins qu'il y a 20 ans.
Je me souviens que je marchais 6 kilomètres au total, matin et midi, pour me rendre à mon collège et en revenir! Et c'est sûrement encore 2 fois moins que la génération d'avant...
Bref, comment obtenir un monde meilleur? Faire preuve d'un brin de confiance, pour laisser aller nos enfants (même si notre tension monte d'un cran juste à les imaginer aux intersections), mais surtout, bombarder de lettres nos élus. Faire signer une pétition sur notre rue, puis chercher à les rencontrer, pour obtenir un dos d'âne ici, une piste cyclable là. Avant les élections, ça peut très bien fonctionner.
Sur le site de la Coalition Poids, par exemple, vous trouverez une compilation de ce que les candidats à la mairie de Montréal proposent, pour sécuriser les déplacements à pied ou à vélo.
Allez, il reste une semaine! Même un petit courriel à votre candidat, ça prend quelques minutes et ça met un peu de pression!