C’est l’histoire d’une maman de 3 enfants, Nathalie Gagnon, qui vit à Gatineau. Au mois de mai dernier, elle va à la piscine municipale avec ses 3 fistons. Entre 2 bains, lorsque son bébé de 10 mois manifeste des signes de faim, elle le met au sein.
C'est alors qu'une sauveteuse s’approche pour lui demander d’allaiter au vestiaire. La mère lui demande si quelqu’un s’est plaint; la jeune fille lui répond que non, mais que c’est la politique de l’endroit. Nathalie lui dit que ce n’est pourtant pas la première fois qu’elle vient, ni qu’elle allaite ainsi; mais la jeune fille lui répète que c’est la politique.
« Je rétorque que, selon la Charte canadienne des droits et libertés, j'ai le droit d'allaiter où et quand bon me semble et que du vestiaire, je ne peux pas surveiller mes deux grands garçons qui se baignent », raconte la maman sur son blogue. Mais la jeune fille lui répète que le mot d'ordre vient de son supérieur, qui n’est d'ailleurs pas là. Alors, la mère demande son nom pour pouvoir relater l'événement et porter plainte, puis termine d'allaiter bébé.
« Aussi solide que j'aie pu paraître, je vous jure que je n'en menais pas large. Je me suis sentie vulnérable, anxieuse, gênée. Mes grands fistons posaient sur la situation et sur moi un regard interloqué : allaiter leur frère n'était-il pas un geste normal, naturel, quotidien, voire banal? Mon pauvre bébé a dû redoubler d'ardeur et de patience pour obtenir son lait », raconte Nathalie, qui n'avait alors aucune certitude que la superviseure n'irait pas chercher un collègue masculin ou un garde de sécurité pour l'obliger à sortir...
Ce banal événement est allé loin puisque Nathalie Gagnon a obtenu gain de cause après un parcours du combattant exemplaire. Demande d’accès à l’information (pour découvrir que la consigne était probablement verbale et n’avait aucune existence juridique!), plainte à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (avec l’aide de sa cousine avocate), plainte au 311 (service officiel des plaintes publiques à la Ville) et demande d’intervention auprès de l’ombudsman de la Ville.
Finalement, le dossier s’est réglé hors cours, à l’aide d’un médiateur. « Comme je ne souhaitais pas que d'autres femmes allaitantes vivent une telle situation entre temps, je tenais à régler le dossier rapidement », dit la maman.
Et ses efforts ont été magnifiquement récompensés. Outre une lettre d'excuses et une compensation financière de la Ville, la municipalité a envoyé une lettre le 1er octobre à tous ses employés, leur rappelant que les femmes avaient le droit d'allaiter et qu'il n'était pas permis de leur demander de le faire de façon plus discrète.
La note indique même que les mères n'ont pas à se rendre dans les aires d'allaitement si elles ne le souhaitent pas et que les plaintes formulées par d'autres personnes ne sont pas un motif suffisant pour porter atteinte à leur droit.
Enfin, la Ville a mis à jour son site Internet et disposé des signets dans ses présentoirs rappelant que l'allaitement est permis.
« Tout au long de ma démarche, mon but a été qu'on cesse d'importuner les femmes qui choisissent de donner le meilleur aliment qui soit sur terre pour leur enfant. Il est démontré que l'intolérance vis-à-vis de l'allaitement en public décourage les femmes », explique Nathalie Gagnon.
Et son combat, elle l’a fait pour toutes les femmes, allaitantes comme non allaitantes. « Je voudrais que cet énoncé ne divise pas les femmes allaitantes des non allaitantes. Un biberon signe parfois une douloureuse tentative avortée d'allaitement et les mamans nourrissant leur bébé différemment de moi le font aussi avec amour et c'est surtout ce qui compte. Le retour en force de l'allaitement et le regard qu'on y pose ne devraient pas nous diviser en tant que femmes, mais bien nous unir, parce que ce qui m'est arrivé, et à d'autres certainement, est une discrimination fondée sur le sexe. »
Elle a raison. C’est au titre de la discrimination fondée sur le sexe qu’il est possible d’allaiter où bon nous semble; seules les femmes pouvant allaiter.
Mille bravos, Nathalie Gagnon! Car cela aurait pu toutes nous arriver, encore aujourd'hui, fin 2009...
Et vous, êtes-vous à l’aise d’allaiter en public?