Parler à notre bébé : on le fait spontanément, mais sait-on vraiment combien c’est précieux?
Hier, pendant que je changeais la couche de ma princesse de 4 mois, j’ai réalisé que mon esprit était totalement ailleurs et que je faisais les gestes mécaniquement, silencieusement. Puis quand mon regard a croisé le sien, j’ai reçu une petite décharge électrique. Ses gros yeux ronds avaient l’air de me dire : « Tu m’oublies, maman! »
Ça m’a profondément émue, sur le coup, et le fait de me rendre compte combien il était facile « d’oublier » de parler à son bébé m’a encore plus bouleversée. Mon esprit s’est emballé et j’ai pensé à ces enfants, dans des situations extrêmes, à qui l’on ne parle jamais… Orphelinat dans les pays du tiers-monde, familles dysfonctionnelles… Bref, le genre de pensées qui vous emmènent loin en l’espace de quelques secondes et qui vous font réaliser combien le trésor que vous tenez entre vos bras est précieux.
La semaine dernière a été lancée l’excellente campagne « Bien Grandir » par la Fondation Lucie et André Chagnon, avec le soutien de nombreux partenaires du domaine de la santé et de l’éducation. Cette campagne vise justement à nous faire réaliser des choses comme celles-ci. Combien tout ce qu’on apprend à un enfant, de 0 à 5 ans, est crucial pour son développement. Et combien, loin d’être passif, il est le petit spectateur attentif de tous nos gestes, paroles, émotions.
Je suis allée sur ce site, justement, voir s’ils parlaient du langage. Sans surprise, cela fait partie des « 10 essentiels » pour favoriser le développement de bébé. La section « Parle parle, jase jase! » rappelle que « le cerveau d’un enfant a besoin d’entendre parler pour réussir à connecter tous les circuits qui vont lui permettre à son tour de communiquer ». Rien que cette vérité, ça décoiffe.
Tout comme un bébé a besoin d’être touché pour prendre conscience de son corps, il a besoin qu’on lui parle pour prendre conscience des mots qu’il peut produire. C'est tellement évident. L’enfant fait un son, le parent l’imite, l’enfant va continuer à répéter ce son : c’est le premier pas vers l’éveil au langage. On le fait inconsciemment, mais c’est de l’or en barre pour le bébé : ça l’aide à structurer « la matière brute » qu’il produit.
Ce miracle commence tôt. On sait que quelques jours après sa naissance, le nourrisson peut distinguer sa langue maternelle des autres langues. On le mesure à ses battements de coeur et à sa respiration, lorsque c’est une autre langue qui est parlée autour de lui.
Est-ce que toutes ces connaissances nous font parler plus qu’avant à nos bébés? Pas sûr.
Plusieurs linguistes de New York s’inquiètent de l’inconscience de nombreux parents, pendus à leur téléphone ou leur Blackberry pendant qu’ils promènent bébé, qu’ils le nourrissent ou le changent. Avant, c’était de si précieux moments, tant pour les nourrices que les parents, de parler aux bébés.
L’une d’entre elles dit même : « Les parents ont cessé d’avoir une bonne communication avec leur bébé. Ils sont en train de perdre le contact visuel, l’expression faciale et la discussion interactive qui sont si essentiels au développement de la communication. »
Elles nous rappellent que c'est en lui décrivant ce qui l'entoure, ce que l’on fait, où l’on va, comment l’on se sent, ce que l’on entend, que bébé apprend les mots, les sons, les émotions.
Personnellement, chaque fois que je croise une maman au parc en train de faire la discussion à voix haute à son nouveau-né, lui parler des cui-cui, des abeilles et des nuages, je ne peux pas m’empêcher de sourire. C’est pourtant elle qui a raison. Désormais, je le ferai aussi!