Mon aînée a 4 ans; et son frère, 2 1/2 ans. Ils partagent une grande chambre où tous les jeux sont à leur portée.
Quand il le souhaite, mon fils a donc accès aux poupées, et ma fille a accès aux camions. Mais en pratique, c’est assez évident : mon fils n'est pas très porté sur les poupées, et ma fille ne passe jamais plus d’une minute à faire rouler le camion.
Cela dit, tous les autres jeux ont un succès commun : peinture, pâte à modeler, ballon, piano, cuisine, dînette, casse-têtes, avion, vélo… À leurs yeux, il y a donc bien plus de jouets « asexués » que de jouets « sexués ». Et tant mieux!
Mais voilà LA question : qu’est-ce qui fait que certains jeux restent l’apanage des filles, et d’autres ceux des garçons? La génétique, ou l’environnement social (famille, garderie, amis)? Les chercheurs en jasent depuis longtemps.
Ce qu’on sait, c’est que la différenciation des jeux se fait à partir de 2 ans ou 3 ans, âge où les enfants prennent conscience de la différence des sexes et où ils se mettent à imiter leurs parents. Fillette s’intéresse davantage aux robes, aux bijoux, au maquillage, au maternage, parce que sa maman le fait. Et comme papa, Fiston regarde de plus près les voitures, les boîtes à outils, le mécanisme des trains, des avions…
Avant cet âge, n’y a-t-il vraiment aucune tendance? Eh bien si, figurez-vous. Dès 3 mois, les bébés commenceraient à différencier les jouets, viennent de découvrir la psychologue Geriane Alexander et son équipe du Texas. Ces derniers ont conduit une étude sur des bébés de 3 mois à 8 mois. Ils leur ont montré des poupées et des camions, à intervalles réguliers, et ont suivi très scientifiquement leur regard et la durée de leur attention.
Résultat? Les filles ont regardé la poupée significativement plus longtemps que les garçons, tandis qu’eux ont regardé le camion plus longtemps que les filles.
Est-ce que c’est parce que les camions étaient bleus, et la poupée rose? Et qu’à force de les habiller ainsi, ils connaissent les couleurs? L’étude ne le dit pas. Mais moi, c’est presque ma théorie… car 3 mois, c’est un peu jeune!
Une autre étude intrigante, réalisée en 2004 par l’institut ABC+, s’est intéressée à l’influence des parents sur le choix des jouets. Et là, on s’y retrouve.
On se rend compte que pour la plupart des parents, les stéréotypes concernant les enfants sont puissants. Un « vrai petit mec », c’est téméraire, bagarreur, têtu et espiègle. La « vraie petite fille » est coquette, charmeuse, capricieuse, calme et posée, mature, calculatrice, volontaire et indépendante.
On réalise aussi que les mentalités évoluent (un peu): de plus en plus, les parents acceptent de décrire leur garçon comme « un tendre », ou leur fille comme « un garçon manqué ». Loin d’en avoir honte (comme autrefois), ils en sont fiers.
Par contre, plusieurs attitudes n’ont pas changé. Et c’est bien dommage.
Par exemple, on approuve que les filles jouent aujourd’hui à des jouets ou des sports typiquement masculins (voitures, soldats, soccer…), mais il reste toujours tabou de laisser jouer les petits gars à des jouets ou des sports féminins : la dînette, les poupées, la danse… Surtout au-delà de 3 ans ou 4 ans.
Pourquoi? L’étude le dit clairement : « Il est frappant de voir dans le discours des parents comme le spectre de l’homosexualité persiste. Ils restent persuadés que s’ils ne transmettent pas une certaine virilité ou féminité à leur enfant, celui-ci est à haut risque de devenir homosexuel. » Et pourtant, elle le rappelle aussi : c’est un mythe!
Au contraire, interdire à un petit garçon de se déguiser en princesse ne peut qu’attirer son attention sur le fait que cela nous dérange. Et s’il veut de nouveau attirer notre attention, c’est cela qu’il refera.
Alors surtout, mon fils, continue à jouer à ta dînette, à faire le ménage et à bercer ta poupée : tu n’en seras qu’un meilleur homme à marier!