Il faut bien le dire, les services de garde en milieu familial arrivent souvent en second choix, après les services de garde « en installation » (les CPE). Et lors de mon arrivée au Québec, il y a 6 ans, je me suis demandé pourquoi.
« Moins bonne qualité », m'ont répondu les mamans (celles qui avaient obtenu une place en CPE). « Faut juste que tu tombes sur la bonne maison », m'ont dit les autres (qui avaient accepté un milieu familial par dépit). Seule une petite poignée d'entre elles en avait fait un premier choix. Elles voulaient quelque chose de douillet pour leur enfant, à taille humaine, avec une ambiance familiale.
Heureusement qu'il y en a comme elles! me suis-je dit. Car le Québec compte près de 15 500 services de garde en milieu familial, contre 980 CPE...
Mais revenons au coeur du sujet : pourquoi cette mauvaise réputation?
D'abord, parce que les milieux familiaux dépendent beaucoup du statut économique et social du quartier. À Montréal, un milieu familial situé à Westmount n’offrira pas la même qualité qu’un milieu familial à Hochelaga-Maisonneuve.
Ensuite, parce que les éducatrices en milieu familial n'ont pas reçu la même qualité de formation. On exige d’elles une formation totale de 45 heures, plus 6 heures de perfectionnement par année, tandis qu’on exige des éducatrices en installation un DEC de trois ans en Techniques d’éducation à l’enfance (cégep).
Enfin, parce qu'à titre de travailleuse autonome, la responsable de milieu familial détermine directement, avec sa clientèle, les modalités de son service : horaires, nombre de jours de fréquentation, sorties et activités. Elle gère comme elle veut sa petite maison, organise les jouets comme elle le souhaite.
Cela fait peur à beaucoup de parents. Pourtant, il faut qu'ils le sachent : ces dames reçoivent du soutien de leur bureau coordonnateur (notamment des ateliers de formation), mais aussi des contrôles de qualité. Le bureau coordonnateur effectue des visites à l'improviste, environ trois fois par année, pour vérifier la qualité du service, notamment en ce qui concerne la santé et la sécurité des enfants.
Mais voilà la nouveauté : bientôt, ces travailleuses autonomes deviendront des salariées, au même titre que les éducatrices de CPE. Pourquoi? Grâce à leur nouveau droit à la syndicalisation, obtenu fin 2008. Une bombe dans le petit monde de l'enfance.
Elles pourront donc obtenir des conditions de travail similaires à leurs collègues de CPE en ce qui concerne le taux horaire, les heures supplémentaires et les avantages sociaux (vacances payées, congés de maternité, prestations de retraite et de la Régie des rentes...).
Autant dire que leurs collègues de CPE ne voient pas forcément ça d'un bon oeil; elles qui se sont tapé 3 ans d'études avant de pouvoir postuler un emploi, et encore, sans certitude du résultat.
Et pour nous, est-ce que ça va changer quelque chose? « Logiquement, la formation et la compétence devraient également suivre », m'a répondu, il y a peu, la présidente de l'association québécoise des CPE. Bonne nouvelle!
Surtout que bientôt, je déménage en Montérégie. Et ce n'est pas avec les 40 000 enfants inscrits sur les listes d'attente de CPE (j'exagère un peu) que je trouverai une place en installation.
Espérons que je me dénicherai un amour d'éducatrice, dévouée, pleine de bonne humeur, compétente et passionnée de son métier. Je suis sûre qu'il en existe des centaines, hein?