Exceptionnellement, c’est une actualité toute personnelle que je choisirai pour ma « une » aujourd’hui. Parce qu’elle est unique. Trop jolie pour ne pas l’évoquer, même discrètement. Et parce qu’elle occupe mes nuits et mes jours depuis vendredi soir dernier, 17 h 59.
C’est l’heure où notre troisième enfant est venu nous retrouver, dans la jolie baignoire ovale de la « chambre d’eau » de la Maison des naissances de Pointe-Claire.
L’eau. Mon élément depuis que je suis petite. En Nouvelle-Calédonie, une petite île de l’océan Pacifique, ma mère m’avait déjà mise sous l’eau, lorsque j’étais âgée de quelques semaines à peine, dans un cours de « bébé nageur ».
Alors, quand j’ai visité cette chambre il y a trois ans, j’ai tout de suite su que c’était celle qui conviendrait à une naissance heureuse, mais surtout calme. Paisible. Comme les mamans osent parfois en rêver.
Accoucher dans l’eau peut se prévoir, mais ne se planifie pas. Pour mon fils, né dans la même chambre, j’avais déjà songé à accoucher dans cette baignoire. On y avait fait la moitié de notre chemin, mais quelques minutes avant l’expulsion, j’avais préféré sortir de l’eau et accoucher à genoux. L’apesanteur de l’eau m’avait semblé, d’un coup, incompatible avec la force de la poussée finale.
Cette fois-ci, je faisais corps avec l’eau et je n’avais pas besoin d’en sortir. Mon instinct me disait qu’elle pouvait venir là, tout en douceur, avec deux ou trois contractions de plus. Une eau que ma sage-femme, Claudia, maintenait à 37 °C depuis une heure déjà.
Puis, quand j’ai ressenti l’envie de pousser, mon conjoint est venu s’asseoir derrière moi, sur le bord de la baignoire, les pieds dans l’eau, m’entourant de ses genoux. Claudia a mis ses longs gants, a tamisé la lumière et a allumé la petite lampe aquatique. L’aide natale est entrée, la deuxième sage-femme aussi.
En deux efforts, elle était là. Son petit corps verni s’est déployé sous l’eau. Je l’ai attrapée et tranquillement tirée vers moi. Elle n’a même pas crié. Juste émis quelques gémissements timides quand elle est montée à la surface, avant de se plaindre du froid quand la baignoire s’est vidée. Son père et moi, on pleurait plus qu’elle.
Je suis allée vers l’accouchement dans l’eau par instinct. J’avais, bien sûr, lu les bienfaits qu’on en disait, mais jamais pour m’en convaincre. Juste pour m’en réjouir d’avance.
Je savais que l’eau rendrait mes contractions plus supportables, grâce à l’apesanteur. Je savais qu’elle me réchaufferait au moment fébrile - mais annonciateur de la fin! - où la douleur fait trembler les jambes et claquer les dents. Et je savais que les risques de déchirure du périnée étaient bien moindres, grâce à l’assouplissement des tissus. Tout cela, j’en témoigne avec grand bonheur aujourd’hui.
Du côté de mon bébé, je savais que son premier contact avec le nouveau monde serait moins violent. Que son passage serait apaisé par une douce continuité de température et de matière. Et que son accueil serait adouci par le silence aquatique, celui qui l’a bercé pendant 9 mois. Vendredi soir, c’est son visage apaisé et ses petits bruits qui en ont témoigné.
Bienvenue dans notre monde, ma J. d’amour. Que ta naissance puisse inspirer d’autres moments aussi doux!