Le jour de sa naissance, j'ai perdu ma fille. Elle s'est immédiatement collée sur sa maman, pour ne s'en séparer que 2 1/2 ans plus tard... il y a quelques semaines à peine.
Quand je parle de la situation à mon entourage, la réaction est toujours la même. « Nah, t'exagère mon vieux! » En réplique, je sors toujours mon exemple en puissance, un sommet d'humiliation paternelle.
Une nuit, chérie m'envoie apaiser Toute-Petite, toute en détresse. J'avais même pas avancé ma pantoufle dans la chambre que Pucette m'avait déjà repéré. « NON, PAS PAPA! » Elle agrippe sa suce bien-aimée et la lance sur le mur!
Quelle a été ma réaction? Figé raide. Non, j'ai implosé, en fait. J'ai tourné les talons pour aller me coller en petite boule sur Chérie, qui en avait deux maintenant à consoler.
Au petit-déjeuner du lendemain matin, je mangeais mes céréales à la table familiale devant la pinte de lait, avec l'idée fixe d'y faire imprimer la photo de ma petite fille dessus!
Pendant 2 1/2 ans, donc, c'était toujours la même chose. La petite se cogne : MAAAAAMAAAAAN! Je veux lui faire un câlin, elle refuse, veut maman. J'en étais presque arrivé à supplier de changer ses couches, question d'essayer de profiter d'un petit moment captif. Rien à faire. C'était MAMAN, MAMAN, MAMAN.
Sauf que l'indifférence temporaire (que je pensais éternelle dans mes moments creux) de ma fille m'a rapproché de l'univers de mon fils. Durant cette période, il a développé le goût pour la lutte avec moi. Au sens propre, je veux dire. Un moment tellement attendu pour moi, le jour où j'allais pouvoir me chamailler avec lui, une étape initiatique dans la relation père-fils. Lui et moi, on a couru plus que d'habitude, plus rigolé, plus écouté la télévision. Nous en avons profité encore plus pour développer notre relation de gars en parallèle.
Mais je n'avais pas perdu espoir de gagner le coeur de ma petite fille. Je continuais à placarder la maison d'avis de recherche « Papa cherche sa petite fille ». J'étais triste certains matins. D'autres, complètement fâché. « Attends à l'adolescence, je vais te facturer rétroactivement l'essence pour les 2 mois où toutes ces nuits j'ai roulé en voiture pour calmer tes coliques. Petite ingrate! »
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Un matin de cet été, j'allais finalement jeter la pinte de lait avec ta photo imaginaire dessus. Tu t'es précipitée pour l'empêcher de tomber dans la poubelle. Dans le geste, tu t'es cogné la tête, pauvre Pucette. Résigné, j'ai fait signe à Chérie d'aller te consoler. Tu as repoussé les mains de maman en criant Paaapaaaaaa! Je m'en souviendrai toute ma vie, j'ai failli t'emmener avec moi au travail, tellement je voulais rester collé contre toi toute la journée! Et j'ai remplacé ta photo de la pinte de lait par ta petite bouille souriante, qui me colle toute la journée dans mon portefeuille.