Chère Catherine,
Je transporte les deux enfants sur mon dos, à quatre pattes. Je m'effondre au sol comme un vieux cheval fatigué, ils sont morts de rire. « Encore, papa, encore! »
En cours de balade, sous les coups de pied au flanc et 75 livres de charge, j'ai eu une pensée pour ton dernier billet J'aurais voulu être un papa. Surtout pour la phrase « Ils (les pères) ne s'embarrassent pas des détails, ni de longues explications. La couleur des vêtements n'est pas un sujet de conversation. Bref, ils ne s'enfargent pas dans les fleurs du tapis. Ils avancent droit devant. Ça doit être reposant. »
En vérité, c'est tout le contraire! S'il veut attirer moindrement l'attention de ses enfants et rivaliser avec la force d'attraction naturelle d'une mère, le père doit chaque jour réinventer un spectacle! Obligé d'être méga cool ou bien de faire des pirouettes fantastiques pour montrer qu'il a bien un petit quelque chose à offrir lui aussi.
Une seconde après la confirmation du test de grossesse positif, il est l'inconnu de la tribu, complètement extérieur aux liens naturels qui unissent avec force l'enfant et sa mère, même 9 mois avant sa naissance. Pour lui, pas de symbiose engendrée par la grossesse. Pas d'allaitement, ce contact apparemment si magique que certaines mamans en font un deuil véritable au sevrage. Le père, lui, se tient à côté du gros ventre rond et il attend, la main sur cette montagne chaude et rassurante, dans l'espoir de sentir un coup de pied. Je me rappelle tellement mon excitation de m'approcher de mon enfant. « Viens mettre ta main, il bouge beaucoup! » J'y apposais les deux pour ne rien rater puis... plus rien. « Il se calme toujours quand tu t'approches, mon amour! » Un père, c'est celui qui tient la cloche de verre avec un village dedans qui fait de la neige quand on le ballote dans tous les sens!
Mes enfants ont grandi, le bibelot de verre a disparu. Trois ans plus tard, ma petite fille tombe par terre, se cogne le coude et crie encore « Maaaaamaaaaannnn! » Je la fixe d'un air en grimace, pour la faire sourire un peu. « Ma grande, nous sommes seuls à la maison. Il n'y a que ton grand frère, toi et moi et ton toutou! Pas de maman à l'horizon! » Et je lui fais un pet en trompette sur le ventre. « Venez, on va aller jouer dehors pour se changer les idées! » Que faire d'autre quand leur premier réflexe reste toujours d'appeler maman? Eh bien, il faut faire une diversion. Le père invente alors rapidement un univers. Il essaie de faire rire, de jouer aux manèges par des voltiges, des pirouettes et des jeux de clowns. Il les hisse sur ses épaules à tour de rôle. Il les garde complètement occupés pour leur faire oublier un instant leur mère. Pour ça, chère collègue et amie, faut pas se poser de question. Faut pas s'inquiéter de la couleur des vêtements ou s'engager dans une explication quelconque. Ces manoeuvres visent simplement à nous faire oublier notre tristesse à nous aussi de voir notre petit garçon tout égratigné. Notre petite puce en pleurs après être tombée du vélo. Pire, la désolation profonde d'être retenu - encore une fois - au bureau. J'appelle à la maison dans ces moments-là, pour demander aux enfants de me dire deux mots. « Non, je ne veux pas parler à papa! » Une main bouche le combiné, j'attends quelques secondes, puis une petite voix murmure à mon oreille.
- Papa, on s'ennuie de toi.
- J'arrive bientôt, mes deux Farlouches à poils!
Ils rigolent au bout du fil. Mes moments de pur bonheur! J'irai les rejoindre au lit tout à l'heure pour leur croquer les lobes d'oreilles, ils adorent ça!
Reposant être père? Pas du tout, mais tellement stimulant ;)