Nous sommes 3 pour le souper aujourd'hui. Chérie a fait défection pour son cours du soir.
Jusqu'ici, tout se passe très bien. Depuis l'instant où j'ai coupé le moteur jusqu'à l'entrée de la maison, aucune crise pour voir maman. Pas de « je-deviens-molle-comme-une-guenille-parce-que-je-voulais-sortir-TOUTE-SEULE-de-la-voiture » , pas de bataille pour enlever ses bottes en premier. Jusqu'ici, 10 belles minutes sans anicroche!
« Je vous aime très fort, vous savez! » Les mots ont explosé de ma bouche. Une bouffée d'émotion subite, comme il arrive dans des moments magiques comme ceux-là. Mes 2 trésors sont attablés, rigolent ensemble, tout est parfait. J'en profite tranquillement pour surveiller le pâté qui finit de se réchauffer tout seul au four.
Le temps s'allonge un peu, le pâté est un dur à cuire au fond. Mes trésors s'impatientent. Pas de problème, j'ai inventé un passe-temps imaginaire. « Hey les enfants, regardez le papillon tout bleu! » Tout-Petit sourit. On colle ensuite nos pouces ensemble, question de sceller la fraternité père-fils. Ensuite, on fait « pshwiiit » avec la bouche. Toujours le même rituel. Je sais qu'il est admiratif du génie à l'oeuvre.
Le plus merveilleux dans tout ça, c'est qu'on n'a pas besoin de crayons salissants, pas besoin de sortir 1 000 gugusses du bac à recyclage pour « créer » une oeuvre structuro-constructiviste. Le jeu imaginaire les fascine! Vive Papa!
Mais le papillon bleu qui n'existe pas, je ne veux pas m'en occuper. Au fond, je tiens juste à retrouver mon pâté, qui cuit tranquillement!
— Attention, papa, le papillon vient de se poser sur ton épaule!
— HIIIIIIII, crie Toute-Petite, la tête en point d'interrogation, avec ses grands yeux ronds, la bouche ronde.
— Ah, non, vite petit papillon, retourne t'amuser avec les enfants.
— Non, il s'est posé sur ta main et ne veut plus partir...
— Il est sur ta main, ne veut plus partiiiiirrreee, résonne la petite voix en stéréo.
Un à zéro les enfants. Ils me forcent à participer. Mais je ne plierai pas!
— Ne bouge plus, ma petite, le papillon vient de se poser sur tes cheveux! (Un autre éclair de génie, Danny!)
Un à un, point de matchs.
— Attends, je vais te l'enlever.
Le petit s'élance sur sa soeur, kidnappe le lépidoptère imaginaire.
— MON PAPILLON! crie la petite.
Tout à coup, je me retourne, Petit-Monsieur esquive les coups de sa soeur, dont les larmes giclent des yeux. « Toi, retourne à ta place. Et toi, excuse-toi auprès de ton grand frère, on ne se frappe JAMAIS, comprends-tu cela? »
Finie, la partie est remise à cause de la pluie.
J'ai parlé un peu fort. Les 2 crient ensemble, maintenant. « Bon, ça suffit. Il n'existe pas le papillon. Vous voyez, il N'Y A QUE NOUS DANS LA MAISON. » J'en crois pas mes oreilles!
Puis tout à coup, ça me vient. L'ARAIGNÉE! Ça marche toujours, le truc de l'araignée.
Je me glisse tranquillement derrière Toute-Petite. « L'araignée monte, monte, monte! », en promenant mes doigts sur son cou. Elle sourit, un peu, puis commence à se tordre de chatouilles. « Moi aussi, moi aussi je veux que tu me fasses jouer avec l'araignée! »
L'araignée traverse la table et saute sur mon fils. Le même manège, les mêmes rires. Miracle, la bonne humeur est revenue. En tout cas, le papillon bleu, lui, ne remettra plus jamais les pieds ici!