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Entre père et mère

Blogue de Danny Raymond
On a beau s’y préparer, devenir papa, ça change une vie! Voici les hauts et les bas de la mienne...

février 2010 - Billets

Entre père et mère
  • 4 commentaire(s)
    1 608 aperçus

    La mort d'un nouveau-né

    C'est arrivé à l'automne 2008. Ma collègue et amie AM s'est rendue à l'Hôpital Sainte-Justine. Sur l'heure du lunch, elle avait eu besoin de prendre l'air. Dehors, elle a marché droit vers sa voiture et elle a pris la direction de l'urgence. Vite, l'enfant arrive! Mais il n'a que 26 semaines. Un brin de vie qui tient à un fil, balancé entre la vie et la mort. Après l'accouchement, on sort normalement toutes les larmes de son corps. Un flot de stress, d'anticipation et de fébrilité comprimé qui coule et s'évacue. Pas cette fois-là. Son chum et elle pleuraient de douleurs et de désespoir. La petite Adèle a peu de chance de s'en sortir. Et si elle survit, ce sera à quel prix? Je n'ai pas la réponse. Ses parents ne l'avaient pas non plus. Puis, ils ont pris la décision la plus déchirante de leur vie.

    J'ai appris la nouvelle le lendemain, en même temps que les collègues. L'atmosphère du bureau était à trancher au couteau. Nous ressentions un deuil collectif. Je vous le jure, j'étais franchement ébranlé. Pas triste comme : «  Ah, ta voiture neuve est déjà égratignée, comme c'est triste... » Non, triste comme dans « vide ». Comme si la même chose était arrivée à Mélanie, à l'accouchement de notre propre enfant. Paradoxalement, j'étais aussi mal à l'aise. C'est idiot, j'avais peur que Chérie me dise : « Coudonc, ressens-tu quelque chose pour elle, d'être tant touché par sa situation? » Qu'une construction de l'esprit, finalement, qui traduisait maladroitement ma compassion, que je ressentais pour la première fois avec une intensité pareille.

    Chérie et moi avons beaucoup parlé de la mort, après. Comment aurait-on réagi si on avait vécu la même tragédie? Qu'est-ce que c'est de perdre un enfant? Elle avait un nom, une chambre décorée qui l'attendait. Vite, vite, chassons l'image! Trop difficile à supporter. Toutes ces pensées nous conduisaient péniblement à AM et à son chum. À leur douleur à eux. À notre désarroi.

    J'ai traîné un poing au sternum pendant plusieurs jours. Toutes sortes de souvenirs venaient me frapper, à n'importe quel moment. C'était l'accouchement de Tout-Petit, au terme de 36 heures interminables. C'était quand Chérie s'est battue pour sa vie contre la fièvre dengue hémorragique, en Thaïlande. La mort était passée si près, je m'étais senti si loin, tellement démuni. Le décès de Shawn, mon ami d'enfance. Celui de ma grand-mère, survenu pendant que je nageais avec les dauphins, en Nouvelle-Zélande.

    À l'aller-retour de la garderie avec mes deux petits anges, j'étais effrayé qu'il leur arrive quelque chose. Tout à coup, ils avaient l'air si petits, si fragiles. J'aurais voulu m'enfermer avec eux toute la journée, pour les protéger. J'ai un peu peur aujourd'hui encore. Mais je ne le dis pas. Surtout pas aux enfants. Ah, peut-être un peu, au fond.

    - Papa, pourquoi tu répètes « je t'aime » tout le temps?

    - Connaissez-vous la mort, mes enfants?

    - La quoi?

    - Oubliez ça. Est-ce que je vous ai déjà dit que je vous aime?

    - Oh, papa!

    Publié par
    Danny Raymond
     
  • 0 commentaire
    1 122 aperçus

    Promis, juré, craché!

    Mieux vaut mille refus qu'une promesse non tenue.
    Proverbe chinois

    Mardi dernier, l'équipée était bien fixée aux sièges d'auto. « Vous vous rappelez ma promesse? Patins dans 4 dodos? Eh bien, c'est maintenant! » Deux paires de billes me fixent et attendent la suite. « Eh bien, ça ne marchera pas. » Mes enfants ont regardé par terre en même temps. D'un coup, j'incarnais la dernière version d'Earl Jones, en train d'avouer avoir flambé tous les millions!

    De toute façon, ma Toute-Petite n'aurait même pas pu patiner : elle n'a même pas de patins! C'est mon petit Chou qui en aurait profité, et j'aurais inventé une explication pour sa soeur (avant de faire ma promesse, je n'avais même pas vérifié si les patins lui faisaient toujours!). Une promesse, c'est sacré et il faut honorer sa parole, je me suis dit.

    - « Mais pourquoi, papa? Tu m'avais dit qu'on irait patiner », rapplique le petit, toujours décidé à tout comprendre.

    Le petit perroquet allait répéter la même chose, mais elle, je lui ai vite coupé le sifflet!

    - « Je m'excuse, mes deux amours. Le travail m'est tombé dessus, j'ai mal organisé mon agenda. Voilà, on n'aura pas le temps, malheureusement. »

    - « Tu l'avais dit, papa, proteste mon fils. Dans 4 dodos, c'est aujourd'hui, et puis moi je veux aller patiner! »

    Le niveau d'eau montait dans les yeux écarquillés de mon fils, à la manière des mangas japonais.

    - « Je ne vous l'ai pas encore dit, mais on va aussi aller louer Spiderman! »

    - « SPADEUMANNE? » laisse tomber Toute-Petite.

    - « Le Spiderman rouge qui est-gentil-et fort-et-vole-partout-et... »

    - « Oui, oui, c'est lui! Dis-moi pas qu'il en existe une autre version en plus? »

    Le scénario se déroulait comme prévu! Plutôt exactement comme Chérie l'avait prévu, quand je lui ai demandé un plan d'urgence à genou!

    Mais, à la maison, j'ai eu toute une surprise!

    - « C'est pas la version dessins animés du tout! » me lance Chérie.

    Flûte, j'ai loué le film avec de vrais adultes dedans!

    - « Et c'est super violent, Danny! »

    - « Mais non, voyons » dis-je, tout en jettant un oeil sur le DVD, juste où c'est écrit 13 ans et plus!

    L'âge de mes enfants additionnés donne 6 ans à peine! Reflûte!

    Je les installe devant la télévision. J'aurai le temps de réchauffer les restes pendant le générique. J'arrive à la course avec les assiettes. Toute-Petite se brûle sur le brocoli en fusion. Fiston, lui, crache le saumon encore tout froid. Misère!

    Le film commence enfin, et je crie « Spiderman! », pour réchauffer l'ambiance un peu. Silence.

    - « Où il est Spadeumanne? » demande ma petite.

    - « Hey, c'est même pas le vrai! lâche mon fils. C'est pas lui, veux plus écouter la télé! »

    À court d'idées, j'ai fait semblant de pleurer. Bouuhhhhhhh! Mes deux enfants connaissent le manège.

    - « Ne pleure plus, papa, me lancent-ils en rigolant! On est là, on est là! »

    - « Je suis là, je te le promets », me lance fiston.

    Et vlan dans les dents!

    Publié par
    Danny Raymond
     
 
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