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Dre Taz

Blogue de la Dre Tasnime Akbaraly
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!

mars 2011 - Billets

Nos experts
  • 11 commentaire(s)
    2 334 aperçus

    Les virus de la garderie: tôt ou tard, ils nous auront!

    Décider si nous allions inscrire ou non nos enfants à la garderie était un débat animé qui avait souvent lieu lorsque mes amies et moi étions enceintes. Les arguments étaient nombreux en faveur de l'emploi d'une nounou à domicile à temps plein ou d'un retour tardif au travail : théorie de l'attachement, importance de la routine, qualité inégale des CPE, etc. Notre propre choix, à Papa de Fiston et moi, avait été assez automatique : étant tous les deux des travailleurs autonomes, nos congés de parenté n'étaient pas du tout intéressants financièrement à l'époque et on devait reprendre notre boulot respectif le plus rapidement possible.

    Par contre, un des arguments avancés venait chatouiller ma culpabilité maternelle tout en attisant ma curiosité de médecin : les infections! « Toi qui es dans le domaine, me disait-on, tu dois bien savoir que Fiston sera plus malade en garderie! » ou au contraire : « Au moins, son système immunitaire sera solide! »

    Effectivement, est-ce que je n'exposais pas inutilement Fiston à une succession malheureuse de « ites »? Otites, bronchite et gastroentérites? Ou, au contraire, est-ce je l'immunisais pour les années à venir contre ces mêmes microbes?

    Éclaircissons d'abord un point : pour plusieurs affections virales, comme la varicelle ou l'hépatite A, contracter la maladie ou se faire vacciner octroie effectivement une immunité pour la vie (sauf de rares exceptions). Par contre, il n'y a pas de bénéfice immunitaire dans plusieurs cas : les rhumes communs sons causés par des centaines de familles de virus. Quant aux pneumonies et aux otites, elles sont souvent provoquées par des bactéries. 

    Une étude très sérieuse, dans l'Archives of Pediatrics and Adolescent Medecine de décembre dernier, vient conforter les parents qui envoient leur progéniture à la garderie tout comme ceux qui ne le font pas. 

    Pendant 8 ans, on a répertorié toutes les infections des enfants de 1 300 familles canadiennes. Il s'avère que les enfants, fréquentant ou non une garderie, finissaient par attraper le même nombre d'infections, et de gravité égale. Seulement, les enfants qui vont à la garderie sont malades plus tôt. Ceux qui ont été épargnés parce que gardés à la maison finissent par contracter autant d'infections, mais à l'école!

    C'est rassurant de savoir que les enfants d'une situation ou de l'autre n'étaient pas plus malades que les autres. Notre choix de l'envoyer à la garderie ou non n'a donc aucune incidence quant au nombre total de virus, mais seulement sur le moment!

    Cela dit, je suis soulagée que les 5 otites de Fiston la première année de garderie n'aient pas été en vain, et que de l'avoir gardé à la maison n'aurait rien changé. A posteriori, je suis satisfaite de ma décision : il adorait la garderie, était d'autant plus content de nous revoir en fin de journée, et il y a acquis des habiletés sociales léguées par ses éducateurs. Maintenant qu'il se prépare à commencer la « vraie » école, je pourrai me consacrer à 100 % au deuxième... pour lequel je me pose la même question (car, cette fois, les congés de maternité pour travailleurs autonomes sont plus décents!) : garderie ou non?

    Et vous, cette étude vient-elle nuancer votre choix? Qu'est-ce qui a motivé votre décision? Regrets ou non? J'ai hâte de vous lire!

    Publié par
    Tasnime Akbaraly
     
  • 4 commentaire(s)
    1 914 aperçus

    Sujet chaud: la fièvre

    J'étais encore une jeune résidente inexpérimentée, sans enfant, prête à rien de moins que de sauver des vies, comme Georges Clooney (alias Dr Ross) dans ER qui intube un patient tout en invitant une infirmière au cinéma.

    Les séances obligatoires au « sans rendez-vous » me paraissaient donc bien ennuyeuses. J'avoue (je suis parfaitement consciente que c'était inadmissible) : je regardais avec du mépris mal contenu ces parents qui venaient me voir.

    - Mon enfant a de la fièvre.

    - Combien?

    - Je ne sais pas, il est chaud.

    Je répondais avec impatience : « Et le thermomètre? », pressée que j'étais d'aller rejoindre Georges et gagner mon prix Nobel de médecine. 

    Dix ans ont passé (déjà). Je suis maintenant maman et je comprends fort bien l'angoisse que peut susciter un enfant lorsqu'il a les joues rouges et s'endort au lieu de sauter sur le canapé. N'empêche qu'on s'alarme peut-être trop et trop vite... L'American Academic of Pediatrics (AAP) a publié récemment une étude qui affirme que 50 % des parents considèrent qu'un chiffre inférieur à 38 °C constitue de la fièvre et 25 % donnent un médicament pour un chiffre inférieur à 37,7 °C. En fait, ce que conseille l'AAP c'est que l'on se fie davantage au confort de notre enfant plutôt qu'à un chiffre sur un thermomètre.

    La fièvre n'est pas une maladie. Au contraire, c'est un signe que le système immunitaire de votre enfant est présent au combat contre un quelconque microbe. La fièvre agit en colonel sur les soldats que représentent ses anticorps. Décapiter la fièvre sans raison valable n'est pas la stratégie militaire la plus appropriée. La fièvre est un symptôme, pas le principal problème.

    De quoi donc a-t-on peur? Il est maintenant prouvé que la fièvre n'augmente pas les risques de dommages neurologiques et n'aggrave pas la maladie qui est à la base de l'état de votre enfant.

    Fiez-vous donc à votre instinct de parent! Votre enfant mange, s'hydrate et est actif? Moins que d'habitude sûrement, mais tout de même! La fièvre ne devrait pas vous faire paniquer. Observez et faites-le boire à profusion. Et si, au contraire, la fièvre est peu impressionnante, mais que votre enfant est léthargique, n'hésitez pas à consulter.

    Ne prenez pas la température compulsivement. Si vous y tenez, assurez-vous d'avoir le bon thermomètre et la bonne méthode. Apprenez ce qui constitue réellement de la fièvre, selon l'âge de votre enfant et les critères de gravité.

    Et surtout, lorsque votre enfant dort, il n'y a pas de raison de le réveiller! Ce que 85 % des parents de l'étude ont avoué faire... Et je ne vous parle même pas des doses de médicaments que la moitié des parents dépassent trop souvent. Traiter ou non la fièvre n'aidera pas l'enfant à guérir plus rapidement.

    En tant que maman, j'ai l'impression que nous tombons trop souvent dans le piège de l'hypermédicalisation (et je ne dis pas ça par déformation professionnelle). Bien sûr, nous tombons parfois dans l'anxiété, mais je crois fermement qu'on doit se réapproprier nos réflexes instinctifs parentaux! En rétrospective, peut-être que la technique de la main sur le front n'est pas si erronée que ça...

    Je souris toujours intérieurement quand je constate qu'il faut parfois de grandes études pour prouver que, finalement, il faut continuer à faire ce qui nous semble juste. Et je m'amuse à le démontrer dans bon nombre de mes chroniques comme Un câlin contre la douleur ou Le cadeau parfait pour votre enfant.

    Me voilà 10 ans plus tard, et j'accueille avec beaucoup plus d'indulgence le parent qui a attendu de longues heures pour me confier la prunelle de ses yeux. Souvent, je ne fais rien d'autre que de lui redonner confiance. Cela vaut tous les prix Nobel de la planète!

    Publié par
    Tasnime Akbaraly
     
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