« Un âge minimum pour les sucreries », titrait La Presse, le 2 février dernier. Cette nouvelle vous a-t-elle fait réagir? C’est ce que le titre espérait faire, bien sûr. L’article original, publié dans la revue scientifique Nature propose d’interdire, d’ici 10 à 15 ans, la vente de boissons gazeuses aux mineurs mais ses auteurs proposent d’autres recommandations moins drastiques qui méritent réflexion. Ils suggèrent, dans un premier temps, d’interdire la publicité sur les friandises, boissons et gâteries. Dans un deuxième temps, d’en interdire la vente dans les commerces près des écoles. Puis, par la suite, d’imposer un âge minimum pour acheter des boissons gazeuses.
Personnellement, je crois qu’il faut éviter le piège d’une loi qui fera des boissons gazeuses et sucreries des aliments interdits. Cela ne les rendra que plus attirants. Le sucre n’est pas le tabac. Il compose des aliments. Pas toujours les plus nourrissants, je l’accorde, mais des aliments qui peuvent avoir une place dans la saine alimentation. Et puis, le véritable problème est la surconsommation de sucre plutôt que le sucre lui-même. Même les auteurs de l’article dans Nature l’admettent. Des bonbons à l’Halloween, du chocolat à Pâques et à la St-Valentin, de la tire sur la neige au printemps, des desserts traditionnels à Noël, et même des bons desserts gourmands à l’occasion ne ruinent pas la santé. C’est une question de fréquence et de dosage. Entre les occasions où mes enfants se sucrent le bec, ils mangent du yogourt nature, des fruits, des céréales peu sucrées, du jus dilué une ou deux fois par semaine, des muffins maison, etc. Ce n'est pas une loi qui me dictera le gros bon sens.
Est-ce qu'une loi modifierait les habitudes de certains parents? J’ai en mémoire une dame ayant déjà écrit un commentaire sur mon blogue dans lequel elle se désolait d’avoir vu une maman offrir une boisson gazeuse dans un biberon à son bébé. À quoi bon interdire la vente de boissons gazeuses avant l’âge de 17 ans si certains parents en offrent de toute façon à leurs enfants, avant même qu’ils aient 17… mois? Ce cas est extrême et relativement isolé (j’ose espérer, car il n’y a pas de données là-dessus), mais les foyers où l'on boit plus de boissons gazeuses que d’eau et de lait réunis existent. Une loi s’adressant aux enfants ne changerait donc rien à l’alimentation de ces familles puisque ce sont les parents qui décident de la nourriture qui entre dans leur frigo.
Si les gens étaient mieux informés et davantage sensibilisés, cela améliorerait-il la situation? Non, disent les auteurs de l’article dans Nature. Ils rappellent que les études sur le sujet prouvent que l’information ne suffit pas à améliorer les comportements et encore moins la santé publique. Les gens ont beau être informés, tout autour d’eux les incitent à manger des sucreries et des boissons gazeuses : leur très grande disponibilité, leur omniprésence dans les commerces, leur coût minime et la publicité qui les entoure, notamment. C’est ce qu’on appelle l’« environnement alimentaire » et je crois aussi que c’est en grande partie là-dessus qu’il faut agir.
Ainsi, selon les auteurs et plusieurs experts de la santé publique, jouer sur l’offre alimentaire et le marketing des friandises et des boissons gazeuses peut vraisemblablement améliorer les habitudes de consommation. Si on ne retrouvait pas les aliments ultra-sucrés partout, s’ils coûtaient un peu plus cher, si les formats offerts étaient de taille plus raisonnable, si le marketing était moins agressif, si les aliments ayant une meilleure valeur nutritive étaient mieux valorisés... Si plusieurs de ces mesures étaient mises en place pour favoriser les choix d’aliments sains et rendre la concurrence plus loyale, on n’aurait peut-être pas besoin de parler de loi. Mais peut-on y arriver sans légiférer? À qui, croyez-vous, revient la responsabilité de ce que nous mangeons?