Aimer le sel, c’est tout naturel, même pour des enfants. Si on leur en donne l’occasion, ils cultiveront ce goût et leurs papilles en demanderont toujours, voire toujours plus. Résultat : ils deviendront des adultes « surconsommateurs » de sel. Et c’est ce que nous sommes, les Canadiens en général. Les Québécois encore plus que les autres.
Les jeunes enfants ne font pas exception. Selon une grande enquête pancanadienne conduite en 2004, les enfants âgés de 1 an à 3 ans consommaient, en moyenne, deux fois plus de sodium que le nécessaire pour couvrir leurs besoins. Une grande majorité (77 %) en avalait même plus que l’apport maximal tolérable, c’est-à-dire la dose à ne pas dépasser.
Il ne suffit pas d’éviter d’ajouter du sel aux aliments pour épargner vos enfants, puisque l’enquête montre que l’ajout de sel à la table ne contribuait pas à l’apport élevé de sodium chez les petits. En fait, les chercheurs ont remarqué que c’est vers l’âge de 9 ans que les enfants commencent à prendre cette mauvaise habitude. D’où venait donc le sodium consommé? De partout, même d’où vous ne vous en doutez pas…
Presque 80 % du sel que nous ingérons provient des denrées commerciales. Vous pensez sûrement aux craquelins, aux sauces, aux soupes, aux croustilles, à la pizza, aux cocktails de légumes, etc., et c’est juste. Mais il n’y a pas que les aliments au goût salé qui sont concernés. Me croiriez-vous si je vous disais que le pain, les barres tendres, les céréales à déjeuner et même la crème glacée, les biscuits et le yogourt sont salés? C’est pourtant le cas.
J’ai été renversée lorsque j’ai appris que les céréales Rice Krispies de Kellogg’s vendues au Canada sont les plus salées du monde. Une portion de 30 g fournit 30 % du sodium nécessaire quotidiennement à un enfant. Ce n’est pas le seul fait surprenant; elles sont 85 % plus salées que les mêmes céréales vendues au Portugal et en Belgique! Et ce n’est pas un fait isolé non plus, puisqu’une récente étude a démontré que plusieurs aliments de multinationales sont plus salés chez nous qu’ailleurs. La raison, selon les fabricants? C’est ce que les Canadiens veulent.
Je crois que c’est trop facile comme réponse. Et si l’explication tenait plutôt au fait que les aliments salés sont si omniprésents sur le marché que nous nous y sommes habitués et que c'est devenu un standard? Il est possible de se déshabituer. Quelques pays de l’Union européenne ont pris cet enjeu de santé publique au sérieux et, aujourd’hui, leur population se nourrit d’aliments beaucoup moins salés. Pourquoi pas nous?
Évidemment, une des solutions pour ingurgiter moins de sel est de cuisiner davantage. Malheureusement, c’est une activité en voie d’extinction. J’exagère, mais à peine. Je ne veux pas culpabiliser personne en affirmant ça, car je sais que c’est souvent difficile. Je crois toutefois que le jeu en vaut la chandelle. Quand on cuisine, il y a tout un monde qui s’ouvre à nous. Un monde où les épices et les fines herbes peuvent damer le pion à la salière. Le problème est en partie dans la cour des fabricants alimentaires certes, mais la solution nous appartient tous un peu.
Quels sont vos trucs pour faire manger moins de sel à vos enfants?