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Blogue de Stéphanie Côté
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque semaine!
juin 2009 - Billets
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Le dimanche matin de la fête des Pères, je suis allée à notre boulangerie préférée en compagnie des enfants. Papa dormait encore; c’était son cadeau. Nous l’avons réveillé avec la bonne odeur de notre butin et des chatouilles. Soleil, bonne humeur, croissants, chocolatines, café au lait : tout était parfait. Cette recette de bonheur est au menu pour célébrer des dimanches bien ordinaires aussi. C’est notre petite gâterie de la semaine. Une de nos petites gâteries, devrais-je dire. Habituellement, elles sont réparties dans la semaine, mais en cette journée spéciale, il y en a eu quelques-unes…
Plus tard en après-midi, après le jardinage, le vélo, la sieste et la baignade, l’heure de la collation a sonné. Je prépare une bouteille d’eau à Benjamin, mon petit bonhomme de 14 mois et le confie à son père pendant que je coupe une pomme. Quand j'arrive dehors, mes deux « hommes » relaxent à l’ombre. Le petit sur les genoux du grand, chacun une bouteille à la main… et des chips dans la bouche. Ce sont les premières croustilles de Benjamin, et à en croire son enthousiasme, pas les dernières! C’est fou comme il y a des aliments que les enfants aiment du premier coup, n’est-ce pas?
Moi j’arrive avec des morceaux de pomme. Une bonne Cortland croquante et sucrée. Si Benjamin savait parler, il m’aurait sans doute dit : « Maman, t’es plate avec ta pomme. C’est bon, mais j’en ai déjà mangé. Papa lui, me donne des chips. Regarde! »
Je le revois étirer le bras vers moi, tenant fermement son chips pour me le montrer et surtout ne pas me le donner.
Bon, qu’est-ce que je peux faire contre ça? Allais-je gâcher cet instant privilégié entre un père et son fils au nom de quelques principes de nutrition? Bien sûr que non. J’ai mangé la pomme… et des chips, moi aussi.
L’équilibre alimentaire, ce n’est pas la droiture extrême. Et puis, l’équilibre ne se mesure pas sur une journée, mais plutôt sur quelques jours. En fait, il n’y a pas de règle écrite pour évaluer l’équilibre alimentaire. Le gros bon sens veut simplement que les aliments les plus nutritifs soient mangés en grande majorité, et les moins nutritifs, sur une base occasionnelle. On peut parler d’aliments « du quotidien », « d’occasions » et « d’exceptions ». De cette manière, on évite les interdits, et il n’y pas de « bons », ni de « mauvais » aliments. Tout est une affaire de calendrier!
Ce même soir de la fête des Pères, Benjamin a fait sa première nuit (enfin, à 14 mois). Je crois que c’était son cadeau pour son papa. Était-ce pour lui souhaiter bonne fête des Pères ou pour le remercier de ses chips de l’après-midi? À moins que les chips n’aident à dormir? Évidemment pas. Le titre avait pour but de piquer votre curiosité! Il n’y a certainement pas de relation de cause à effet entre des patates grasses et salées et le dodo des bébés. N’empêche, dans mes souvenirs, ces deux premières seront associées!
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Junior vide rarement le contenu de son assiette. Même quand c’est du spaghetti, son repas préféré. Sa maman lui sert une assiettée qu’elle juge raisonnable, et elle se fie à lui pour qu'il avale les quantités dont il a besoin. Quand Junior est en visite chez sa grand-mère, son assiette est garnie plus généreusement. Les yeux grands ouverts, les sourcils relevés et la mâchoire décrochée, Junior mesure l’ampleur de la tâche qui l’attend. Il respire un bon coup, plante sa cuillère dans la nourriture et la porte à sa bouche, comble. Maintenant, il ferme les yeux – il a besoin de se concentrer – et respire par le nez. Il déglutit en se frappant la poitrine pour aider sa bouchée à passer. Il reprend son souffle à peine une seconde et recommence. Il ne doit pas lâcher, il va réussir…
Puis, après quelques minutes à ce rythme, Junior, essoufflé, abandonne sa cuillère sur le napperon tissé beige et brun de Mamie. Il n’a pas tout mangé. Son ventre a fait entendre raison à sa tête. Mais il a tout de même mangé plus que d’habitude. Ce n’est pas la faute de sa grand-mère, elle ne connaît pas très bien son appétit. Comme toutes les grands-mères, elle s’assure simplement que ses petits-enfants ne manquent de rien. C’est plutôt la faute aux grosses portions.
Si cette histoire est inventée, le fond de l’histoire, lui, est véridique. Oui, car l’abondance de nourriture incite à manger davantage. C’est un fait pour la majorité des gens, adultes ou enfants. Une étude a démontré que des enfants âgés de 2 ans à 9 ans mangeaient en moyenne 29 % plus quand on leur servait de généreuses portions. Or, ces mêmes enfants ne vidaient jamais leur assiette, que les portions servies soient normales ou 50 % plus grandes. On aurait pu s’attendre à ce qu’ils mangent à leur faim, cessant une fois rassasiés. Mais non.
Les chercheurs ont remarqué que les jeunes avaient tendance à prendre de plus grosses bouchées devant une généreuse platée, comme s’ils voyaient un défi de taille à relever. Comme s’ils devaient, pour y arriver, mettre les bouchées doubles (et c’est le cas de le dire!).
Pour les aider à se nourrir en fonction de leurs besoins, il faut leur servir des portions adaptées à leur âge. Pour les petits de 1 an à 4 ans environ, on parle, grosso modo, de demi-portions régulières (celles du Guide alimentaire canadien). Par exemple :
- 60 ml (1/4 tasse) de légumes - 1/2 tranche de pain - 1/4 tasse de pâtes alimentaires ou de riz
- 35 g de viande ou de poisson
Ce sont des quantités suggérées comme portions de départ, puisqu’il est possible que votre enfant ne mange pas tout ou qu’il en redemande.
Junior est une caricature. Je ne le connais pas. Ou plutôt, je connais plein de petits Junior : Laura, Benjamin, Victorine, Juliette, Eliott, Mathilde, Olivier, Louis, Yoan…
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Laura croque dans des tomates cerises comme dans des fraises. Elle aime les olives, le tofu, le poisson, tous les légumes verts, et elle raffole du fromage de chèvre! Cuisiner pour Laura, c’est facile. Manger avec elle, c’est un plaisir. La plupart du temps du moins, car comme tous les enfants de 3 ans, elle a ses mauvaises journées.
Je dois avouer que je me suis lancé des fleurs pour expliquer l’ouverture d’esprit à l’égard de la nourriture de ma « grande » fille. Mon alimentation pendant ma grossesse était variée, pendant l’allaitement aussi. Comme les foetus et les bébés allaités détectent les variétés de saveurs, ça aide à leur faire accepter divers aliments. Puis, depuis qu’elle mange comme nous, je m’efforce de varier nos menus, de lui laisser le temps d’apprivoiser les nouveaux aliments, de lui servir de modèle en mangeant de tout et en faisant en sorte que les repas soient des moments agréables. Tout ça fait partie de la théorie sur laquelle j’ai lu et écrit, et que je n’ai eu aucun problème à mettre en pratique. Bravo à moi!
Mon discours a changé. Il a changé, parce que mes habitudes et mes méthodes n’ont pas changé, mais mon p’tit gars, lui, se montre plus difficile - à moins que ce soit « plus normal ». Je crois toujours aux beaux principes… et de plus en plus en la patience.
Un des principes, quand on sert un aliment nouveau, est de servir aussi des aliments que l’enfant apprécie déjà. De cette façon, s’il est réticent devant cet inconnu, il a autre chose à se mettre sous la dent. Ça ne veut surtout pas dire préparer un autre repas, mais simplement inclure, par exemple, du pain, du fromage, ou des pâtes en accompagnement. On n’insiste pas devant son refus initial et on présente de nouveau l’aliment « suspect » jusqu’à ce qu’il devienne familier. Ce qui était encore de la théorie sous mon toit est devenu de la pratique avec Benjamin. Par exemple, la semaine dernière, mon p'tit bonhomme n’a pas avalé un seul morceau de croquettes de saumon (préparées avec du saumon en boîte), même s’il adore les filets de saumon. Ce soir-là, il n’aimait pas les pommes de terre non plus, ce que je n’ai d'ailleurs pas compris. Il a plutôt jeté son dévolu sur le brocoli. Bouquet après bouquet, il croquait dedans avec appétit. Pas très équilibré et encore moins soutenant comme repas, alors on s’est repris sur le dessert – nutritif, mais qui n’était pas un fruit, il va sans dire. On ajuste. On patiente.
Un enfant difficile n’aime pas le brocoli, n'est-ce pas? Benjamin l'aime, il n’est donc pas difficile. « Fiou »!
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Parfois, il vide le contenu de son assiette et en redemande. D’autres fois, il creuse des tunnels dans sa purée de pommes de terre plutôt que de manger. Un enfant a tantôt un appétit d’oiseau, tantôt une faim d’ogre, et c’est normal.
Dès la naissance, un bébé a la capacité de boire (et plus tard, de manger) en fonction de ses besoins et de son développement personnel. Il est « programmé » pour cela. Notre rôle, comme parent, c’est de lui fournir ce dont il a besoin, sans tenter de le contrôler ou d’ignorer son instinct. Au contraire, il faut faire en sorte qu’il conserve ce précieux réflexe. S’il dit – ou vous fait savoir d’une autre façon – qu’il n’a plus faim, il ne faut pas insister. Restreindre les aliments n’est pas souhaitable non plus.
En fait, toute pression est à éviter, car elle interfère avec l’écoute – innée – des signaux de faim et de satiété. Dans certains cas, un enfant souhaiterait faire plaisir à ses parents et obéirait à leur consigne de terminer son repas. Dans d’autres cas, un enfant s’y opposerait par simple désir de décider par lui-même… ou de contredire! Dans les deux cas, la situation amène le petit à ignorer les signaux que lui envoie son corps. À long terme, ce phénomène augmente les risques de souffrir d'un problème de poids.
Il existe un principe que l’on nomme « le partage des responsabilités ». C’est la nutritionniste et psychothérapeute experte en alimentation de l’enfant, Ellyn Satter, qui l’a défini. Il se résume comme suit :
- Les parents décident du menu, de l’endroit et de l’horaire des repas; leurs responsabilités sont le quoi, le où, et le quand.
- L’enfant décide de la quantité de nourriture qu’il mange; sa responsabilité est le combien.
Suivant ce principe, les parents encadrent, plutôt que contrôlent. Ils préparent des repas équilibrés et laissent à l’enfant la possibilité d’avaler ce qu’il veut… même si ça signifie parfois « presque rien ». Attention, certains parents ont l’impression que leur petit ne mange pas assez, mais ce sont peut-être les collations trop près du repas ou encore le grand verre de jus ou de lait peu de temps avant de passer à table qui lui coupent l’appétit. N’oubliez pas que le cadre à fournir inclut un horaire de repas et de collations plus ou moins régulier. Ça sécurise l’enfant et ça lui apprend à patienter. Le garde-manger n’est pas un dépanneur ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7!
Et puis, pour dédramatiser, projetez-vous dans 15 ans, lorsque votre ogre d’adolescent dévalisera le réfrigérateur et vous coûtera une fortune en épicerie. Vous sourirez en pensant que son appétit d’oiseau vous a déjà inquiété!
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