Maudite comparaison

Maudite comparaison
30 novembre 2017
Voici l’histoire d’Élise qui ne se sent pas comme une bonne mère. Pas une bonne mère? Mais c’est quoi son critère d’évaluation?

La belle Élise m’appelle en pleurant l’autre jour. À table, sa fille de 4 ans gigote parfois, mais au souper d’hier, elle a dépassé les bornes en se mettant debout sur sa chaise. Élise a pogné les nerfs et monté le ton sérieusement, jusqu’à crier.

Elle me raconte tout ça et s’emballe dans son récit en alignant toutes les raisons qui font qu’elle n’est pas une bonne mère. Pas une bonne mère? Mais c’est quoi son critère d’évaluation?

On se compare tous et toutes. Et je ne vous dirai pas d’arrêter de le faire, parce que ce serait vraiment inutile. Ce genre de conseils appartient à la même famille que « N’abandonnez jamais » et « Ayez confiance en vous! » Ça fait de belles phrases, mais ça n’aide personne.

Alors, partons du principe que nous nous adonnons tous et toutes à la comparaison. Peut-être, alors, devrions-nous choisir soigneusement avec qui nous nous comparons et sur quels critères.

Il y a bien des jours où je trouve que j’ai raté ma vie. Ça vous surprend? Ces jours-là, je trouve que beaucoup d’autres ont mieux réussi leur vie : par exemple, Marie-Ève Paradis (aucun lien familial avec moi) qui dirige le magazine et le site web de Planète F et qui vient de recevoir un diplôme d’honneur de la Faculté des arts et sciences de l’Université de Montréal pour sa contribution à la société. Wow! Voilà une femme qui rayonne vraiment!

Ces jours-là, je me dis que si j’étais vraiment intéressante et pertinente, je recevrais moi aussi un diplôme d’honneur d’une université. Mais je n’en reçois pas et c’est bien la preuve que je ne suis pas aussi brillante qu’elle. Non? Comment ne pas sortir écrasée de honte par ce genre de comparaison, voilà la vraie question.

Quand je sombre dans la comparaison avec Marie-Ève, c’est parce que mon critère est celui de la reconnaissance publique. Dans notre culture, la reconnaissance publique est valorisée démesurément et personne n’échappe à son influence. Mais est-ce bien raisonnable d’évaluer ma vie et mon travail en fonction de ce seul critère de comparaison? Est-ce que le rayonnement public et le nombre de personnes atteintes sont garants de la qualité de mon travail?

Quand Élise se compare, c’est à cause du regard des invités à table quand elle pogne les nerfs après sa fille 4 ans. Son critère de comparaison se trouve dans le regard des autres par rapport à un idéal de mère toujours calme et parfaite. Dans ces conditions, qui pourrait gagner dans la comparaison?

La comparaison qu’Élise ne peut pas s’empêcher de faire devrait s’exercer avec elle-même. Suis-je aujourd’hui une meilleure mère que je l’étais il y a 4 ans? Est-ce que j’ai appris? Quand je me retourne, est-ce que je peux constater que j’avance sur le chemin que je veux suivre? Quand je regarde la jeune Élise de 20 ans, ou même celle de l’année passée, est-ce que je peux dire qu’elle a grandi, appris, avancé?

Dans les réponses à toutes ces questions, Élise trouvera une évaluation plus juste de sa compétence parentale. C’est avec nous-même qu’il est utile de se comparer. C’est même la seule comparaison possible.

Quand je me retourne, je vois bien que j’ai avancé sur le sentier de l’amélioration du monde. Je crois que j’ai fait du bien à plusieurs personnes. Et ce n’est pas leur nombre qui détermine mon succès. C’est le simple fait d’avoir été fidèle à mon appel, fidèle à ce qui a le plus de sens pour moi. D’avoir appris, grandi, amélioré mes compétences.

Dans cet espace où je me compare à moi-même, je suis enfin capable de me réjouir pour Marie-Ève. Je suis même fière d’elle! Fière de son impact sur notre société. C’est la même chose pour toutes les Élise de ce monde.

Dans cet espace où nous honorons notre propre croissance, les autres mères cessent d’être meilleures ou pires que nous. Nous cessons de les utiliser pour nous trouver nous-mêmes meilleures ou pires. À la place, nous réalisons pleinement que nous ne sommes plus seules sur ce difficile chemin de la parentalité. C’est la seule façon de trouver nos alliées.

Et ça change tout.

 

La version originale de ce texte a été publiée sur le blogue de  France Paradis.

 

Photo : GettyImages/Steve Debenport

France Paradis
Orthopédagogue de formation, je présente des conférences et j’offre des ateliers en intervention psychosociale depuis de nombreuses années. J'aime aussi me définir comme une archéologue du sens des choses.
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Commentaires (1)

  1. Catherine 8 décembre 2017 à 09 h 39 min
    Difficile aussi de ne pas se comparer dans cet âge des réseaux sociaux ou tout le monde croit que son opinion fait foi de loi. Pour garder l'exemple du souper de famille : "ah, c'est pas facile quand ils s'excitent comme ça. MOI, j'ai réglé ça avec la mienne il y a deux ans en..." Ou "on sait bien, toi, tu ne le laisses jamais pleurer ton bébé. Les miens sont jamais morts pour ça." Etc etc.

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