J'ai raté la rentrée de mon enfant

J'ai raté la rentrée de mon enfant
12 septembre 2017
Les enfants étaient presque tous accompagnés d’un parent pour le grand jour, mais moi, j’ai laissé mon fils partir seul, dans l’immense autobus jaune.

Nous avons emménagé dans une toute nouvelle région à la mi-juin et mon plus vieux faisait son entrée en 1re année il y a quelques jours. Les enfants de sa classe étaient presque tous accompagnés d’un parent pour le grand jour, mais moi, je l’ai laissé partir seul, dans l’immense autobus jaune, comme le plus mauvais père de la Terre.

Ici, la plupart des parents accompagnent leurs enfants pour la première journée d’école. Certains vont les conduire, d’autres les laissent prendre l’autobus et vont les rejoindre dans la cour d’école. Ils peuvent rencontrer brièvement les enseignantes et enseignants qui seront responsables de leurs amours pour l’année et partager ce moment avec leurs enfants. Il semble que ce soit le cas à plusieurs endroits au Québec.

N’ayant pas reçu d’invitation formelle et ayant lu sur la lettre adressée aux parents que la rentrée débutait à cette date et que les autobus seraient en fonction normalement, ma conjointe et moi étions certains qu’il s’agissait d’une journée d’école « standard » puisque nous n’avions jamais connu cette façon de faire dans le passé.

Un sentiment de culpabilité…

Puisque l’horaire était écourté, je suis allé le chercher sur l’heure du midi et j’avais bien hâte de savoir comment s’était déroulé son avant-midi.

Nous l’avions tellement préparé au grand jour! Sachant que d’arriver dans un nouveau milieu à 6 ans comporte son lot de stress et que notre petit homme a déjà un tempérament anxieux, il avait pris part au camp de jour de la municipalité pendant l’été, il avait rencontré des jeunes de son âge (potentiellement des amis de classe), nous avions visité l’école avec son directeur, il avait rencontré la responsable du service de garde, nous avions beaucoup discuté du déménagement et de ses émotions, etc.

Mais, dès qu’il a sauté dans la voiture, au lieu de me parler de son enseignante ou des enfants de sa classe, il a commencé par me dire qu’il était presque le seul à ne pas avoir eu un parent avec lui!

Quoi??? Nous n’étions pas au courant de ça, ai-je répliqué, sentant la culpabilité envahir tout mon corps.

Du grognement à la fierté

Mon premier réflexe a été de me demander comment il se faisait que personne ne nous avait avisés que les parents étaient invités. J’étais frustré, je croyais qu’on avait oublié de nous remettre un papier. Et il y avait cette petite voix intérieure qui me chuchotait : « Oh! Boy! T’en as échappé une belle. Imagine ce que les autres parents vont penser… »

Rapidement, mon garçon m’a rassuré :

« C’pas grave, papa. J’ai été full autonome. Il y avait aussi Jean-Christophe qui était tout seul. Ça a super bien été. T’as vu la conductrice de l’autobus quand j’ai embarqué ce matin? Elle est super fine. Elle m’a demandé mon nom, elle est jeune et de bonne humeur. Au service de garde, ça a bien été aussi et on a un local juste pour notre groupe! Dans ma classe, ma prof est vraiment gentille. »

Rassuré, je lui ai demandé s’il y avait des amis du camp de jour dans sa classe.

« Non, ils sont tous dans d’autres classes. Mais c’pas grave. Je vais m’en faire d’autres. Y’en a plein qui ont l’air gentils, je vais apprendre à les connaître. Ça va bien aller je pense. »

J’ai regardé mon petit bonhomme qui avait les yeux brillants, qui ne m’en voulait pas du tout et qui était tellement optimiste devant tous ces changements et ce monde de nouveauté.

De façon inattendue, mes émotions ont fait volte-face complètement. Le sentiment de fierté est apparu, a grandi, puis est venu botter le derrière de la culpabilité qui m’avait envahi.

Même en étant le « plus mauvais père de la Terre », j’ai sûrement fait un petit quelque chose de pas trop mal en cours de route…

Je suis très fier de toi, fiston.

Et sache que j’ai été à côté de toi en pensées dès le moment où tu as mis le pied dans l’autobus ce jour-là.

 

Jean-François Quessy est aussi l’auteur du blogue  Un gars, un père.

 

Photo : GettyImages/kali9

Jean-François Quessy
Je suis un père passionné, un grand amoureux qui aborde sa vie avec humour, mais surtout, un vrai gars!
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Commentaires (7)

  1. Soso 12 septembre 2017 à 09 h 17 min
    Oh mon cœur de mère a eu un pincement au cœur à la lecture de ce texte mais c'est fascinant de voir combien nous sommes maîtres de nos émotions face à toutes les situations de la vie. Vous avez bien raison d'être fier de votre garçon ! Le mien changera peut-être d'école d'ici deux ans (il sera à la fin du primaire) et cela me torture, mais votre histoire ne donne espoir.
  2. Jean-Francois Quessy 12 septembre 2017 à 21 h 03 min
    J'étais aussi inquiet par ce changement de milieu, mais je vous avouerai que j'étais moins stressé puisqu'il venait tout juste de terminer la maternelle. Il n'avait pas encore d'amitiés solides. Je comprends tellement l'angoisse que vous vivez! Vous avez toutefois la chance de savoir que ça arrivera peut-être d'ici deux ans, ce qui vous laisse le temps de vous préparer, vous et lui. Je présume qu'il y a aussi une question de personnalité... Certains enfants ont certainement une plus grande facilité d'adaptation que d'autres et un plus grande envie d'aventure. Étonnamment, si je regarde autour de moi, plusieurs parents se sont fait énormément de mauvais sang pour des déménagements alors que finalement, les enfants se sont adaptés beaucoup plus vite qu'eux alors oui, il y a assurément de l'espoir et si vous y pensez déjà, je suis convaincu que vous réussirez à trouver des pistes facilitatrices et que vous y arriverez. Bonne chance (si cela se produit, évidemment)!
  3. Brigitte 12 septembre 2017 à 10 h 30 min
    Une belle leçon de votre enfant pour nous les parents. J'ai l'impression que nous leur transmettons souvent notre propre stress et anxiété. Combien de fois au fil des rentrées je suis repartie de la cour d'école le coeur chaviré en raison de ce que j'ai fini par appeler les «mauvaises nouvelles de la rentrée». Et pour pas grand chose finalement, ai-je fini par constater avec le recul. J'en veux aussi pour exemple cette personnalité publique qui a alerté les médias parce que son garçon s'est retrouvé sans titulaire permanent lors de la rentrée de cette année (alors que ça s'est réglé la journée même. Nous avons vécu la même chose il y a quelques années lors de la toute première rentrée de mon garçon en maternelle. C'est tout à fait déplorable j'en conviens, mais une semaine plus tard, une enseignante a été trouvée et mon garçon a passé une magnifique année. J'ai aussi l'impression que nous faisons de moins en moins confiance au personnel en place qui a pourtant réellement à coeur la réussite de nos enfants.
  4. Jean-François Quessy 12 septembre 2017 à 21 h 11 min
    Je trouve votre commentaire très pertinent. Je me demande si, parfois, les parents n'y vont pas davantage pour dissiper leurs propres craintes que pour accompagner leur enfant (je ne dis pas que c'est votre cas, je soulève simplement la question ;) ) . Et je vous rejoins tellement lorsque vous écrivez que, malheureusement, trop de parents semblent avoir de plus en plus de difficulté à faire confiance au personnel enseignant. Je crois que le lien parent-enseignant est hyper-important et qu'il y a beaucoup de travail à faire pour réussir à rapprocher ces deux mondes (parce que oui, parfois, on a vraiment l'impression qu'il s'agit de deux mondes!). À mes yeux, cela commence en petite enfance, à la garderie, puis devrait se poursuivre au scolaire. Un bon lien parent-enseignant est tellement facilitant des deux côtés et évite du stress, des incompréhensions, beaucoup de perte de temps lors de situations problématiques avec l'enfant tout en rendant les interventions plus efficaces. À vouloir trop contrôler ou en ne parlant pas le même langage, on finit par passer à côté des objectifs visés.
  5. Corinne 13 septembre 2017 à 10 h 56 min
    Personnellement, j'accompagne encore mes enfants le jour de la rentrée, non pas parce que ça me stresse, mais parce que j'ai envie de partager ce moment spécial. Mes enfants ont (encore...) hâte de retourner à l'école le moment venu et je suis aussi excitée qu'elles. À chaque fois, je suis très impressionnée par la compétence du personnel (profs, assistants, etc.) qui gère le «chaos» sans aucun problème. Il faut savoir lâcher la bride à nos enfants, pour qu'ils puissent trouver leur place et s'épanouir, et l'école est probablement l'endroit idéal pour ça. Faisons confiance aux enfants, mais aussi aux adultes qui les entourent!! Mais c'est sûr qu'on a tous nos petites (ou grandes) peurs et émotions quand on doit se séparer de nos enfants...
  6. PigJoy 16 septembre 2017 à 16 h 32 min
    Merci de dédramatiser! Je m'en voulais tellement en maternelle d'être la seule à ne pas avoir mis mon enfant dans l'autobus pour qu'il me rejoigne ensuite à l'école (je l'ai amené en auto avec moi). .. Je n'ai pas eu de mémo explicatif de quoi faire la première journée. J'ai pris l'initiative de l’accompagner mais je me suis sentie stupide et inadéquate de ne pas l'avoir mis dans le bus. Avec ton histoire de juste pas y avoir été, je me console! Merci encore!
  7. Mélissa 22 septembre 2017 à 09 h 35 min
    J'accompagne aussi ma fille pour la rentrée. Je la laisse prendre l'autobus et la rejoins dans la cours de l'école. Je vais le faire jusqu’à ce qu'elle me dise qu'elle ne veut pas. J'aime bien l'accompagné pour voir comment elle interagie avec les autres, ce qui n'arrive pas souvent. Ça me permet aussi d'avoir une conversation rapide avec l’enseignante pour poser une ou 2 questions ou pour prévenir un problème potentiel comme cette année. Ma fille a vécus le décès de ma mère et avait peur à la fameuse question: qu'est-ce que tu a fait cet été? En expliquant la situation son enseignante a pus me donné des trucs pour que ma fille puisse répondre sans se mètre dans tout ses états.