La peur des exposés oraux

La peur des exposés oraux
Les enfants commencent à faire des exposés oraux souvent dès la première année du primaire. Comment accompagner notre enfant?

Ah, les fameux exposés oraux à l’école! Les enfants commencent d’ailleurs tôt à en faire, souvent dès la première année du primaire. Comment accompagner notre enfant dans cette expérience souvent stressante? Surtout si, comme parent, on garde un très mauvais souvenir, voire un traumatisme, des exposés oraux de notre enfance…

Pour ma part, je passais des nuits dans mon lit à me retourner et à ruminer les horreurs qui allaient certainement se produire lorsque je parlerais devant toute la classe.

Pourtant, aujourd’hui, il m’arrive souvent d’intervenir en direct à la télé et la radio en tant que psychologue, conseillant des milliers de personnes sur des sujets délicats, sans ressentir d’anxiété, sauf un simple trac qui me permet de rester centré sur ma tâche.

Alors, comment passe-t-on de l’enfant terrifié par un simple exposé oral à l’adulte confiant? Spontanément, je réponds : « C’est la pratique »; mais pas ce n’est pas que ça.

Que se passe-t-il avec nos émotions et notre cerveau?

D’abord, on doit comprendre ce qui se passe. Les réactions émotionnelles sont toujours des réactions d’adaptation à notre environnement. Dans le cas de l’exposé oral, c’est de la peur et de l’anxiété dont il est question. Ces émotions désagréables ont pour objectif d’amener l’organisme à mieux répondre à une menace de l’environnement.

La solution : fuir ou affronter la situation.

Notre cerveau évalue laquelle de ces solutions est la plus adaptée. Par exemple, tomber nez à nez avec un ours en forêt… oups, il est préférable de fuir. Par contre, il vaut mieux affronter une situation qui ne présente pas de danger réel. L’affrontement va déclencher une réaction importante chez l’individu soit l’habituation.

Nous exposer encore et encore à la même situation permet d’éloigner la peur de la menace anticipée. Par contre, si on évite une situation qui ne représente pas un danger réel, elle restera toujours une menace insurmontable dans notre esprit.

Comment aider notre enfant?

Pour un jeune enfant, l’exposé oral peut ressembler à un ours menaçant. Pour y faire face, il faut l’aider à augmenter son sentiment de contrôle face à la situation.

Voici quelques stratégies qui pourraient être utiles :

  • Vous pouvez aider votre enfant à bien préparer son exposé oral, sans tomber dans la surpréparation non plus.
  • Demandez-lui de préparer un exposé sur un sujet qu’il connaît très bien (les Pokémons, son histoire ou son animal préféré). Débuter avec un sujet que l’on maîtrise très bien nous permet de mieux nous concentrer sur l’exercice et permet à l’enfant un meilleur sentiment de contrôle pour ses premières expériences.
  • Proposez-lui une pratique de l’oral par étape :
    1- Votre enfant se pratique d’abord seul dans sa chambre.
    2- Ensuite, l’enfant augmente un peu la difficulté en présentant le travail devant un petit auditoire (parents, frère et sœur).
    3- Enfin, vous pouvez lui proposer d’élargir encore l’auditoire (quelques amis) afin de se rapprocher lentement du nombre d’élèves qui sera présent dans sa classe.
  • Après chacune des prestations, faites le point avec lui. Selon lui, quels ont été ses bons coups et ceux à améliorer? Par ces questionnements, vous aidez votre enfant à développer une capacité d’auto-évaluation. L’auto-évaluation deviendra plus tard un atout précieux lorsqu’il devra prendre la parole en public.

Bien sûr, nos enfants peuvent vivre ces apprentissages avec un peu de désagréments, mais qui a dit que tout devait être facile dans la vie? L’apprentissage de l’expression de nos idées devant d’autres personnes est important pour le développement de nos habiletés sociales.

Le parent ne doit pas interférer avec ses propres angoisses.

Il est important pour le parent de ne pas confondre le malaise de l’enfant et son propre sentiment d’impuissance. Bien sûr, il nous arrive comme parent de ressentir de l’impuissance et de vouloir protéger nos enfants de situations désagréables.

Ce sentiment d’impuissance peut parfois nous amener à poser des gestes qui vont plus soulager notre propre sentiment d’impuissance que permettre à notre enfant de se développer positivement.

J’en veux pour preuve la demande d’une mère de bannir les exposés oraux dans les écoles. L’exemple parfait de l’évitement. Et malheureusement, la promotion et la banalisation de l’évitement mèneront à une augmentation importante des troubles anxieux chez nos enfants; et cela, c’est une menace bien réelle!

 

Photo : GettyImages/monkeybusinessimages

Commentaires (1)

  1. Caroline 24 mai 2017 à 21 h 55 min
    En préparant un exposé oral, on oublie souvent quatre choses : 1) le droit de se tromper; 2) le plaisir d'apprendre; 3) le plaisir de relever un défi et 4) le plaisir de parler d'un sujet qui nous passionne et de communiquer cette passion aux autres. On part de l'enfant, de ce qu'il aime, de sa façon d'être et de fonctionner. Puis, on construit là-dessus et on guide l'enfant dans le plaisir. Comme "coach", on est le gardien de l'indice de bonheur. Donc, on aide l'enfant à partir du connu et à aller vers l'inconnu. L'enfant fait le travail. Le parent soutient et aide à dédramatiser, à vaincre la procrastination, les peurs, les doutes. Il pose des questions qui ouvre une porte vers l'exploration d'une méthode de travail, d'une façon de structurer les idées, etc. On aide aussi son enfant à réaliser que même son enseignant se trompe parfois, bafouille. Ce n'est pas grave. Puis, on se prend à l'avance pour travailler. On aide l'enfant à diviser le travail en petites séances de travail... toujours dans le plaisir. On procède avec discipline, par petites périodes, en s'accordant des repos. Ce sont de tous petits gestes qui demanderont peut-être une attention un peu plus soutenue des parents au début, surtout si l'enfant est plus jeune, mais vivre de petits succès, c'est important pour construire une confiance en soi. Et on sort du piège du "tout ou rien" : ce n'est pas parce qu'une erreur se glisse que tout l'exposé est "pourri".