3 mythes tenaces sur le cerveau des élèves

3 mythes tenaces sur le cerveau des élèves
Par Julie Fortier, Responsable éditoriale, Naître et grandir
9 mai 2017
Vous avez souvent entendu et répété que vous appreniez mieux en mode visuel qu’auditif? Saviez-vous que c’est une fausse croyance sur le cerveau, un neuromythe?

Plus jeune, vous avez souvent entendu et répété que vous appreniez mieux en mode visuel qu’auditif (ou l’inverse)? Saviez-vous que c’est une fausse croyance sur le cerveau, un neuromythe? Grâce à l’explosion des recherches sur le cerveau, la science a démontré que plusieurs énoncés de ce genre ne tiennent plus la route aujourd’hui.

Malgré tout, des neuromythes se retrouvent encore aujourd’hui dans plusieurs livres sur l’éducation ainsi que dans des formations données dans le milieu de l’enseignement, déplore Steve Masson, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM.

Voici 3 mythes parmi les plus tenaces sur le cerveau des élèves qu’il a rectifiés à la lumière des plus récentes études lors d’un webinaire intitulé « Connaître les neuromythes pour mieux enseigner ».*

1- Elle est auditive, il est visuel

C’est probablement la croyance la plus répandue sur le cerveau des élèves : penser qu’un enfant apprendra mieux si l’enseignement est adapté à son style d’apprentissage (visuel, auditif ou kinesthésique).

Ce que dit la recherche : un élève peut effectivement avoir une préférence pour un enseignement plus visuel, auditif ou kinesthésique. Toutefois, les études ont démontré qu’il n’aura pas de meilleurs résultats si la matière enseignée est présentée selon son style d’apprentissage préféré. Des chercheurs ont d’ailleurs conclu que les preuves scientifiques n’étaient pas suffisantes pour justifier le recours à cette théorie en éducation.

Ces résultats ne veulent toutefois pas dire qu’il ne faut pas varier les façons d’enseigner, met en garde Steve Masson. Au contraire, soutient-il, il est bénéfique pour les enfants d’être exposés à des manières différentes de présenter l’information en classe. Il est toutefois faux de croire que certains élèves apprennent mieux en mode visuel ou auditif.

2- Son cerveau droit est plus fort que son cerveau gauche

Votre enfant est un artiste et vous avez vu sur Facebook que c’est parce que son cerveau droit est plus développé? On associe souvent le cerveau droit à la créativité et le cerveau gauche à la logique. Il arrive donc que cette façon de voir le cerveau soit utilisée pour expliquer que certains élèves sont meilleurs en mathématiques et d’autres en arts plastiques, par exemple.

Ce que dit la recherche : les études en neurosciences n’ont pas permis d’observer qu’une personne pouvait être plus « cerveau droit » que « cerveau gauche » puisque personne n’est complètement logique ou complètement créatif.

Bien sûr, certains élèves ont plus de facilité en mathématiques ou en français, alors que d’autres ont de meilleures habiletés artistiques. Il faut alors voir la notion de cerveau gauche et droit « comme une métaphore » et non comme un fait puisqu’il n’y a pas de preuve scientifique qu’un hémisphère est plus dominant qu’un autre, soutient Steve Masson.

3- Il existe plusieurs types d’intelligence

Très populaire dans les années 1980-1990, la théorie des intelligences multiples a particulièrement retenu l’attention du milieu de l’éducation puisqu’elle prétend qu’un enfant peut avoir plusieurs types d’intelligence (verbale, mathématique, corporelle, musicale, etc.). Il suffit d’ailleurs de faire une recherche rapide sur le web pour voir qu’étonnamment, 35 ans plus tard, cette théorie est encore populaire.

Ce que dit la recherche : plusieurs études se sont penchées sur cette idée des intelligences multiples depuis le début des années 2000. La conclusion est la même : c’est un neuromythe, il n’existe pas différentes formes d’intelligence.

Le principal problème de cette théorie, ont constaté les chercheurs, est que la définition du mot « talent » a été appliquée au mot « intelligence ». Il en ressort donc une définition de l’intelligence assez floue. De plus, cette théorie repose sur une vieille conception de l’intelligence, souligne Steve Masson

Le clou dans le cercueil : le père fondateur des intelligences multiples, Howard Gardner, a lui-même admis dans un ouvrage scientifique que sa théorie n’était plus valide aujourd’hui, de même que la liste des intelligences qu’il a élaborée.

Selon Steve Masson, pour combattre ces mythes, il est important de les connaître, de se questionner sur la valeur scientifique des références présentées et de toujours faire preuve d’esprit critique. En fait, en cette ère de fausses nouvelles, ses conseils s’appliquent aussi à tout ce qui circule sur le web.

 

*Ce webinaire a été présenté par PRÉCA, partenaires pour la réussite éducative en Chaudière-Appalaches.

 

Photo : GettyImages/vgajic

Commentaires (1)

  1. raita 17 mai 2017 à 02 h 45 min
    y a peu une maman disait que sa fille commence à jouer aux échecs et c'est tant mieux "cela la rendra plus intelligente". En effet c'est l'idée qui est également répandue aujourd'hui. Est-ce le cas? Le jeu d'échec rend-il intelligent? Faudrait-il encourager les enfants à jouer aux échecs?

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