Difficile de ne pas parler de poids devant les enfants

Difficile de ne pas parler de poids devant les enfants
Par Julie Fortier, Responsable éditoriale, Naître et grandir
7 novembre 2016
Quel adulte n’a jamais entendu dans son enfance des remarques sur son poids ou certaines parties de son corps?

Même si j’ai deux garçons, je fais des efforts pour ne pas faire de commentaires en lien avec le poids ou l’apparence physique devant eux. Je sais que certaines paroles peuvent rester dans la tête très longtemps et affecter pour toujours l’image corporelle ainsi que l’estime de soi. Et même si ce sont davantage les filles qui sont touchées, les garçons n’y échappent pas.

Je l’avoue toutefois, je trouve cela difficile et parfois, je m’échappe. Mon conjoint m’a fait les gros yeux l’autre jour alors que je m’inquiétais à voix haute du faible poids de mon garçon. Difficile aussi de ne pas faire de remarques sur sa propre apparence ou une blague sur le corps changeant d’un adolescent par exemple. C’est comme si c’était un réflexe parce que probablement une habitude bien ancrée dans la mentalité d’une certaine époque.

Quel adulte n’a d’ailleurs jamais entendu dans son enfance des remarques sur son poids ou certaines parties de son corps? Près de 85 % des 572 répondants à un sondage maison* réalisé par le groupe Équilibre ont pour leur part dit avoir reçu des commentaires sur leur poids ou leur apparence quand ils étaient jeunes.

De plus, parmi les parents qui ont répondu au questionnaire et qui étaient « beaucoup préoccupés par leur poids », 3 parents sur 5 ont dit faire des commentaires sur le poids à leurs enfants et plus de 4 sur 5 ont dit parler de leur poids à leurs enfants.

Des mots qui font mal

Les répondants au sondage étaient invités à laisser des témoignages. Leurs mots font réfléchir. Sans surprise, les paroles qui reviennent le plus souvent concernent le poids et on constate comment des remarques entendues très jeunes peuvent laisser des traces pour la vie. Espérons d’ailleurs que les mentalités à cet égard soient en train de changer, car il est inquiétant de constater que des préoccupations en lien avec l’apparence physique apparaissent aujourd’hui dès la petite enfance.

Voici quelques-uns de ces témoignages publiés dans le cadre de la semaine « Le poids? Sans commentaire! ».

« À partir d’environ 5 ans, les gens m’ont toujours comparée avec ma petite sœur et m’ont fait des commentaires sur mon physique : “Elle est bien plus grosse que sa sœur”, “Tu as donc bien de grosses cuisses!” […] À cause de ces commentaires répétés, je me suis toujours, toujours comparée aux autres. Je suis boulimique depuis l’âge de 16 ans. Vingt ans plus tard, je contrôle les crises, mais c’est encore très difficile pour moi de m’accepter comme je suis. C’est un travail de tous les jours… »

« À 4 ans, mon père ne me portait plus sur son dos, en me disant que j’étais trop lourde. Au même âge, j’étais déjà au régime et j’étais consciente que j’étais plus grosse que la moyenne. Je n’avais droit à aucune sucrerie. Je rêvais déjà d’être mince. »

« Durant toute mon enfance, mes parents et grands-parents me forçaient à manger au-delà de mon appétit, car ils me trouvaient trop maigre. Les repas ont longtemps été pour moi une punition, un moment toujours désagréable où l’on me reprochait de ne pas manger assez et d’être trop maigre et pâle. On me disait que j’allais tomber malade si je continuais comme ça. J’ai dû attendre plusieurs années avant de connaître le plaisir de manger. »

« Ma mère m’a déjà dit, lorsque je parlais de changer mes habitudes alimentaires et de commencer à m’entraîner, que ça ne servirait à rien, car je ne pourrais jamais être mince comme mon frère. […] Je n’ai jamais oublié cette remarque. Cela m’a vraiment blessée. On dirait que les gens n’ont pas conscience que les mots peuvent parfois être très blessants et qu’ils ont des conséquences néfastes. De la part d’un membre de sa famille, c’est encore pire, je pense. »

Pour lire d’autres témoignages : http://lepoidssanscommentaire.ca/temoignages/.

 

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*Les résultats de ce sondage proviennent d’un échantillon de convenance. Ils ne peuvent donc pas être généralisés à l’ensemble de la population et ne reflètent que l’opinion des personnes qui ont répondu au sondage.

 

Photo : iStock.com/yourtimetoshine

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