La dysphasie et la dyspraxie chez l’enfant

La dysphasie et la dyspraxie chez l’enfant
Par Marie-Ève B-Gaudin, Orthophoniste
7 février 2015

Chaque enfant apprend le langage et la parole à son propre rythme. Pour plusieurs, tout semble aller de soi; pour d’autres, des défis se posent. Quand cela se produit, les parents espèrent de façon bien légitime que ça va « débloquer ». Parfois, les difficultés persistent, malgré les efforts accrus. Les inquiétudes surviennent alors : « Et si mon enfant… ». Peut-être vous a-t-on déjà parlé de dysphasie et de dyspraxie? Je fais le point sur ces troubles qui sont, tout compte fait, peu connus.

La dysphasie

L’enfant qui est atteint de dysphasie présente des difficultés persistantes par rapport à plusieurs aspects du langage (ex. : la compréhension, le vocabulaire, les phrases), sans présenter d’autres problèmes de développement (ex.: il n’a pas de déficience intellectuelle). En raison de ses difficultés de langage, l’enfant a du mal à s’intégrer lorsqu’il doit interagir avec les autres (ex. : il se mêle peu aux amis dans son milieu de garde).

La dysphasie – aussi appelée trouble primaire du langage – ne peut être détectée officiellement avant l’âge de 4 ans, car avant cet âge, il demeure difficile de prédire que les difficultés persisteront dans le temps. Par contre, un enfant qui a encore du mal à comprendre le langage ou à s’exprimer vers 4 à 5 ans risque davantage de voir ses difficultés se manifester à long terme.

Bien sûr, l’enfant dysphasique continue toujours de progresser sur le plan du langage, avec l’aide d’une orthophoniste, de sa famille et des autres personnes de son milieu; en d’autres mots, il ne stagne pas. Il évolue simplement à son rythme. Il franchit les mêmes étapes de développement que les autres enfants, mais plus tard; par exemple, il pourrait faire des phrases complètes à l’âge de 5 ans plutôt qu’à 3 ans.

La dyspraxie verbale                 

La dyspraxie verbale est un trouble relié à la prononciation, et non à la compréhension, à l’apprentissage du vocabulaire ou à la construction des phrases.  Plus précisément, l’enfant qui a une dyspraxie verbale a des difficultés importantes à planifier les mouvements nécessaires pour parler. Sans qu’on s’en rende compte, pour produire des mots, il faut bouger notre langue et nos lèvres de plusieurs façons différentes. Tous les mouvements à faire doivent préalablement être programmés dans notre tête, de la même façon qu’on planifie inconsciemment une série de mouvements pour frapper une balle avec une raquette de tennis.

L’enfant ayant une dyspraxie verbale a de la difficulté avec la commande donnée par son cerveau pour produire les sons. Les adultes et les pairs ont donc souvent de la difficulté à comprendre ce qu’il dit. Il peut produire un mot d’une façon et, quelques minutes plus tard, d’une autre façon; sa façon de prononcer est inconstante. Plus le mot est long, plus il est difficile à dire pour lui.

La dyspraxie verbale peut accompagner la dysphasie et aussi d’autres difficultés, comme le trouble d’acquisition de la coordination ou dyspraxie motrice. Comme dans le cas de la dysphasie, l’enfant qui présente une dyspraxie verbale fait des progrès avec de l’aide, à son rythme.

Le rôle de l’orthophoniste

L’orthophoniste est la professionnelle habilitée à diagnostiquer et traiter la dysphasie et la dyspraxie verbale. Dans les deux cas, le diagnostic ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut observer l’évolution de l’enfant pendant qu’on lui fournit une stimulation. Après une période dont la durée varie d’un enfant à l’autre, l’hypothèse d’un trouble peut être confirmée ou non.

Si vous vous inquiétez à propos de la possibilité que votre enfant présente une dysphasie ou une dyspraxie verbale, vous pouvez en parler à votre médecin de famille ou contacter votre CLSC. Vous pourriez toutefois ne pas avoir accès à des services rapidement : c’est malheureusement la situation à laquelle sont confrontés la plupart des parents. Plusieurs CLSC offrent malgré tout des rencontres d’information et de formation qui permettent de bien outiller les parents. Pour ceux qui ont des assurances, les services offerts en clinique privée peuvent également être une option. En attendant, vous pouvez aussi consulter des livres et des sites web. Je vous propose quelques ressources ici.

À propos du développement du langage et des stratégies de stimulation

Parler, un jeu à deux: Un guide pratique pour les parents d’enfants présentant des retards dans l’acquisition du langage

J’apprends à parler: Le développement du langage de 0 à 5 ans

Blogue orthophonie de Bri-bri et cie : L’orthophonie pour tous

À propos de la dysphasie

L’Association québécoise de la dysphasie

 À propos de la dyspraxie

Dyspraxie verbale: Aider et mieux comprendre son enfant

Parole et dyspraxie: Information et ressources sur le développement de la parole chez l’enfant et ses troubles

 

 

 

 

 

Marie-Ève B-Gaudin, Orthophoniste
À la fois orthophoniste et maman, je vous parle dans mes mots du développement de la communication et du langage de mes deux enfants.
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Commentaires (4)

  1. lemoigne lysiane 7 février 2015 à 14 h 55 min
    Bonsoir

    Mon fils (30 ans) bien qu'il continue à avoir des problèmes de langage dus à la dysphasie a pu y arriver en lisant beaucoup
  2. Marie-Ève Bergeron-Gaudin 7 février 2015 à 18 h 25 min
    Bonjour,
    Merci pour ce témoignage. Je vois souvent des parents qui se demandent, justement, ce que deviendra leur enfant une fois adulte.
  3. Sylvie Dumont 8 février 2015 à 16 h 51 min
    Merci beaucoup d'avoir parlé de la dyspraxie verbale. Ma fille de 10 ans a été diagnostiqué dysphasique sévère à l'âge de 3 ans mais on a découvert sa dyspraxie verbale qu'un peu plus tard. La plupart du temps lorsque l'on parle de dyspraxie, les gens n'imagent pas que le langage ou la coordination pour manger peut être affectée. Merci de démystifier les deux. La société d'aujourd'hui est impitoyable pour quelqu'un qui n'a aucun problème imaginé ce que c'est pour celui qui est différent. Ils doivent travailler plus fort pour se faire une place. Je suis confiante en l'avenir de ma fille et malgré les multiples diagnostiques qu'elle a reçu, elle fera SON chemin à elle. En informant les gens, ceux-ci verront peut-être un jour le potentiel de ces personnes si formidables.
  4. Marie-Ève Bergeron-Gaudin 8 février 2015 à 20 h 53 min
    Merci à vous d'avoir pris le temps d'écrire votre histoire et celle de votre fille ici. C'est bien vrai que la différence fait souvent peur, et c'est malheureux. Je suis certaine que vous accompagnez à merveille votre fille qui est déjà bien grande maintenant : ) Bonne suite!