Carte blanche à mes enfants à l’épicerie

Carte blanche à mes enfants à l’épicerie
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
24 février 2014

De quoi aurait l’air votre panier si vous donniez carte blanche à vos enfants pour faire l’épicerie? J’ai tenté l’expérience. Un jeu risqué, vous pensez?

Que contient le panier que Laura et Benjamin ont garni?

Ceux qui croient qu’il n’y a que des sucreries et aucun légume, détrompez-vous.

Et ceux qui croient qu’en « dignes enfants de nutritionniste », ils n’ont choisi que des légumes, des fruits, du fromage de chèvre, des lentilles, du tofu et du pain intégral, détrompez-vous aussi!

J’ai d’abord dit à mes enfants : « Laura et Benjamin, aujourd’hui, c’est vous qui faites l’épicerie. Pensez à ce que vous voulez manger, et on achète ce que vous voulez. »

« Oh yé! C’est trop cool! », m’a répondu ma pas-pré-ado-pantoute-de-7-ans.

« Tout? », m’a questionné mon bonhomme de 5 ans sur un ton de trop-beau-pour-être-vrai.

« Disons que je vais peut-être vous demander de faire des choix à la fin si je juge que ça coûte trop cher ou qu’il y a de l’exagération. »

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, deux repas sont nominés: du pâté chinois et des crêpes au jambon et asperges avec une sauce béchamel au fromage. Les enfants savent ce que ça prend sans que je m’en mêle. Steak-blé d’inde-patates? Non, steak ET lentille-blé d’inde-patates. Eh oui, qui aurait cru? Même avec des  lentilles mélangées à la viande hachée, le pâté chinois demeure un favori des enfants!

Les achats

Je m’attendais à retrouver 4 groupes d’aliments dans le panier de Laura et Benjamin. Rien à voir avec le Guide alimentaire canadien, je pensais voir des aliments :
1. Habituels: ceux qu’ils mangent sur une base régulière et qu’ils ont donc appris à aimer.
2. Rares: ceux que j’achète occasionnellement et qu’ils aiment particulièrement.
3. Nouveaux: ceux qui les séduisent en épicerie.
4. Comme-mon-ami : ça le dit.

Je me suis trompée d’une catégorie. Pas de « nouveaux » aliments. Cette fois-ci, Laura et Benjamin étaient imperméables aux stratégies marketing. Je le constate, mais je ne l’explique pas! Et je précise « cette fois-ci », parce qu’évidemment, comme tous les enfants, ils ne m’épargnent pas de demandes spéciales en temps normal.

En rentrant à l’épicerie, ce sont les fruits et les légumes qui nous accueillent. Laura et Benjamin s’y attardent. Chou chinois (à mon grand étonnement), oranges, melon, bananes, asperges, brocoli et quelques autres aliments. On se reprendra pour parler d’achats locaux, ça fait déjà beaucoup à gérer. Ensuite, dans l’ordre et le désordre : du houmous, des bagels de blé entier, du yogourt nature, des céréales muesli, de la farine, des œufs… Et oui, des bonbons, des craquelins Gold fish et des biscuits Oreo.

« Ils sont un peu normaux! », clame un ami incrédule quand je lui raconte.

Cela dit, le processus décisionnel pour savoir quoi conserver s’est fait en continu tout au long de l’activité. Laura et Benjamin ont rapidement mis des jujubes dans le panier, puis les ont soumis au ballottage au profit des rouleaux aux fruits. Parenthèse, Laura fait demander pourquoi ça s’appelle des rouleaux aux fruits alors que ça devrait s’appeler des « rouleaux au sucre ». De la même façon, les biscuits Oreo ont éjecté les pattes d’ours en un éclair.

« Des biscuits Oreo ET des rouleaux aux fruits? On ne peut pas garder les deux. » Le constat ne vient pas de moi, mais de ma fille.

« Ça fait beaucoup de sucre  Benjamin, il faut choisir. Veux-tu qu’on garde les rouleaux aux fruits? », demande Laura à son petit frère sur un ton très suggestif.

Finalement, les craquelins au fromage en forme de poisson se sont aussi frayés un chemin jusqu’à notre panier. « Ils sont salés, pas sucrés, c’est pas pareil. »

J’aime, je mange!

Les enfants mangent les aliments qu’ils aiment. Maman nutritionniste ou pas, la valeur nutritive importe peu.

Les enfants apprécient certains aliments très rapidement, alors que pour d’autres, ça découle d’un long processus. Règle générale, les enfants apprécient les aliments qu’ils apprennent à connaître. Or, pour les connaître, ils doivent les voir souvent. Au final, chaque enfant a la possibilité de se créer un répertoire alimentaire très vaste et varié si on lui en donne l’occasion.

Un autre facteur influence les goûts et les préférences alimentaires et j’ai nommé les interdits! Les interdits créent ou nourrissent le désir, c’est bien connu. Si je refusais à mes enfants le droit de manger des chips, du chocolat, des bonbons, des gâteaux ou de la crème glacée, vous pouvez être certains que c’est ce qui aurait rempli le panier. Ils en mangent de temps à autre et ne ressentent donc pas le besoin de s’en gaver quand l’occasion se présente.

Comme tous les enfants

Est-ce que des enfants de nutritionniste mangent différemment d’autres enfants? Certains de mes amis croient que oui, mais je suis sceptique. Je crois que ce sont les habitudes et les pratiques alimentaires de la famille qui influencent le plus les choix, et non la formation professionnelle des parents. Pas besoin d’être nutritionniste pour bien manger.

En « dignes enfants de leur maman », Laura et Benjamin ont choisi plein d’aliments nourrissants, colorés, à cuisiner, savoureux ou plein de potentiel. Ils ont aussi inclus des aliments-moins-nourrissants-mais-c’est-pas-grave-quand-on-n’en-mange-pas-beaucoup-ou-pas-souvent. Et dignes de leur maman, ils ont aussi… oublié d’acheter un essentiel pour le menu prévu : le maïs en conserve.

Faire faire l’épicerie à nos enfants est-ce un jeu risqué? J’ai plutôt trouvé cela amusant. Pour les plus petits pour qui ce serait un trop grand défi, vous pouvez leur laisser choisir certains aliments, comme les fruits et les céréales ou les laisser décider du  menu de 1 ou 2 repas. Essayez-le vous aussi et parlez-nous en!

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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Commentaires (22)

  1. Maude Goyer 24 février 2014 à 10 h 04 min
    Quand les grands esprits se rencontrent ; )
    http://www.iga.net/blogue/quand-un-enfant-de-5-ans-fait-lepicerie/

    Maude
    journaliste et blogueuse
  2. Stéphanie Côté, nutritionniste 24 février 2014 à 10 h 16 min
    Eh bien, comme c'est drôle! Très bon texte! :-)
    Est-ce que 18 mois plus tard, fiston ferait les mêmes choix?
  3. Emily 24 février 2014 à 10 h 22 min
    Moi j'adoooooore cet article.

    Étant semi-végétarienne et ayant un conjoint ultra-carnivore les épiceries à la maison sont très varier pour plaire au palais de tous.
    Mon fils a 14 mois.
    On passe toute la semaine tout les deux et papa est présent les week-end, donc, il est habituer de manger poisson, fruits, légumes etc.
    De par lui-même il repousse parfois la viande ce que je trouve génial car il s'habitue à une variété d'aliments différent.
    Autre point positif, si je propose à mon fils un biscuit patte d'ours contre une assiette rempli de fruits il choisit l'assiette de fruits.
    Beaucoup me disent : ``Attend ça va changer``
    Je leur répond : ``Oui peut-être, cependant pour nous, les sucreries ne sont pas utiliser de la façon suivante : si tu manges ton assiette tu auras droit à un bonbon, si tu ne fait pas de crise je te donne un biscuit ET il n'y a pas de privation!`` Mon fils aime ça les biscuits pattes d'ours comme tous les enfants mais pour lui même a 14 mois c'est mieux des fruits ou des légumes!
    Ayant même un papa qui mange souvent très mal (ce qu'il y a sur la route) celui-ci encourage les choix de notre fils vers une alimentation saine mais varié au plaisir du palais aussi.
    Plus on prive, plus on est tenté. Tandis que si on incruste sans que ce soit mal ou comme récompense une sucrerie juste pour le plaisir de faire différent ça devient spécial.
    Je le vois comme ça!
    J'ai tenté l'expérience de l'épicerie avec mon mini, bon à 14 mois c'est jeune encore un peu mais il a choisit certain article en épicerie passant des bananes, au casseaux de fraises, au croissant confiture pitsbury (même s'il ne lui a jamais gouté... encore :))

    Vraiment le fun et les enfants aime ça!!!
  4. Stéphanie Côté, nutritionniste 24 février 2014 à 11 h 52 min
    Merci Émily et moi j'adoooore votre façon de voir l'alimentation!
  5. Marie-Hélène Harnois 25 février 2014 à 07 h 00 min
    Très bonne idée, je vais tenter l'expérience à la maison. J'ai l'impression que ma grande de 7 ans sera tenté de faire une épicerie "à la façon de maman" alors que Fiston attendra avec impatience l'allée des chips et jujubes en vrac. Très intéressant!
  6. Stéphanie Côté, nutritionniste 27 février 2014 à 10 h 04 min
    Hâte de savoir si les prédictions seront justes!
  7. Christine 25 février 2014 à 10 h 08 min
    Il y a deux ans, lorsque mon fils avait 5 ans, on a commencé à faire la cuisine ensemble un peu plus sérieusement (avant, il ''m'aidait'' de façon plus ou moins efficace mais tout de même instructive pour lui!). Puis, il s'est mis à feuilleter mes livres et revues de recettes et on en essayait de temps en temps (bien entendu, les desserts avaient la cote). Et depuis le retour des fêtes, je conjugue sa nouvelle habileté à l'écriture et la lecture (il a maintenant presque 7 ans) avec la cuisine et on fait la planification des repas et la liste d'épicerie ensemble. On regarde les circulaires, en même temps je glisse des notions d'économie et de budget, et on choisit les repas. C'est étonnant comment il pense à des choses auxquelles je n'aurais pas pensé et lui non plus, ne demande pas (trop!) d'aliments sucrés ou salés. Et moi qui en avait plus que marre de la planification des repas, j'y trouve à nouveau plaisir!
  8. Stéphanie Côté, nutritionniste 27 février 2014 à 10 h 05 min
    Quelle belle façon de voir la planification des repas d'un autre oeil, bravo!
  9. Catherinève 25 février 2014 à 12 h 52 min
    Quelle bonne idée! Suis curieuse!
    Vais faire le test avec Charlotte et Antoine... te ferai part du résultat! X
  10. Stéphanie Côté, nutritionniste 27 février 2014 à 10 h 06 min
    Hâte de voir! Tes prédictions?
  11. Céline 4 mars 2014 à 12 h 58 min
    Ma fille de 4 ans a des allergies alimentaires, et on profites souvent de nos visites à l'épicerie pour faire de la prévention et de l'éducation sur ce qu'elle doit éviter de manger (étant donné qu'on évite d'en avoir à la maison). Elle est très réceptive à l'information. Je devrais faire l'exercice avec elle pour voir comment cette variable entre en ligne de compte dans sa perception des achats à l'épicerie. J'ai l'impression qu'elle se lancerait dans des aliments connus, mais qu'elle poserait des questions sur les nouveaux aliments tentants! À essayer!
  12. Stéphanie Côté, nutritionniste 6 mars 2014 à 10 h 31 min
    Votre fille doit en effet avoir des réflexes différents des enfants non allergiques. Je serais curieuse de connaître le résultat de votre expérience!
  13. Pascale, aussi nutritionniste ;-) 6 mars 2014 à 20 h 30 min
    Ohhhhh que j'ai envie de faire l'exercice avec mes deux ados-qui-ont-aussi-une-maman-nutritionniste pour voir ce que ça donnerait!
    Merci pour la bonne idée Stéphanie! :-)
  14. Stéphanie Côté, nutritionniste 7 mars 2014 à 11 h 56 min
    Bonne idée! Tenez-nous au courant!
  15. Catherine 7 mars 2014 à 11 h 46 min
    Trop hâte de l'essayer !!!
  16. Stéphanie Côté, nutritionniste 7 mars 2014 à 11 h 56 min
    :-)
  17. MHHarnois 14 mars 2014 à 06 h 44 min
    J'ai finalement tenté l'expérience avec les enfants. J'ai partagé l'expérience sur mon blogue. Merci beaucoup pour l'idée. Comme vous verrez, ils ont adoré! http://harnoisalacarte.com/2014/03/14/la-fois-ou-jai-laisse-mes-enfants-prendre-le-controle-du-panier-depicerie/
  18. Stéphanie Côté, nutritionniste 17 mars 2014 à 09 h 30 min
    Vraiment très intéressant!
  19. Karine Gravel 15 mars 2014 à 12 h 03 min
    Merci Stéphanie pour votre article qui confirme bien mes pensées!
    Des résultats d'études scientifiques ont montré que les parents qui exercent un contrôle excessif sur leur alimentation et qui s'interdisent certains aliments, vont transmettre leurs préoccupations alimentaires à leurs enfants qui apprennent par l'exemple. Par exemple, si des aliments sont interdits à la maison, les enfants peuvent les idéaliser et être davantage attirés à en manger, parfois en cachette parce qu'ils perçoivent que c'est mal... On pourrait faire un parallèle avec les diètes amaigrissantes. À l'inverse, dans un milieu familial où la relation avec la nourriture est saine, c'est-à-dire où une variété d'aliments est présentée aux enfants, sans catégoriser les aliments comme étant "bons" ou "mauvais", ils sont naturellement capables de faire des choix profitables à leur santé.
  20. Stéphanie Côté, nutritionniste 17 mars 2014 à 09 h 30 min
    Voilà! :-)
  21. Sylvie Poirier 16 mars 2014 à 13 h 51 min
    Article très intéressant qui nous invite à partager notre garde-manger avec les enfants... Merci!
  22. Stéphanie Côté, nutritionniste 17 mars 2014 à 09 h 30 min
    Merci :-)